120 ans de recul en un décret

17 Février 2021

Le 14 février, le gouvernement a promulgué un décret qui annule les dispositions de l’article R2228-19 du Code du travail interdisant de manger sur les lieux de travail.

Le prétexte en est la crise du Covid-19, mais il ne s’agit pas d’un méfait anodin : c’est un recul concernant un combat mené de longue date par les travailleurs.

En quoi la crise du Covid devrait-elle exonérer l’employeur de fournir à ses salariés un lieu pour pouvoir se restaurer ? Il faut un lieu propre, spacieux, sans bruit de machines, en dehors de l’atelier ou des entrepôts, non contaminé par l’air pollué et la crasse. Depuis un an, dans de multiples entreprises, des salariés se sont mobilisés pour exiger la mise à disposition de lieux de restauration suffisamment grands pour respecter les dispositions nécessaires dans le contexte de la pandémie. Et voilà que maintenant l’employeur pourra imposer, grâce à ce décret, le maintien des ouvrières, des ouvriers, des employés, entassés les uns sur les autres, contraints de prendre leur casse-croûte à leur poste de travail, sans le nécessaire temps de détente.

Ce n’est pas un progrès mais un retour en arrière de plus de cent ans ! Le premier décret interdisant la restauration sur les lieux de travail date de 1904 et répondait aux revendications du mouvement ouvrier qui combattait pour libérer les travailleurs de l’esclavage salarié.

Cela avait commencé par l’interdiction de distribuer la paye dans les bistrots comme le pratiquaient les patrons. Pour les militants de l’époque il s’agissait d’affirmer la liberté des travailleurs et de leur permettre d’échapper à l’enfermement et à l’abrutissement des lieux d’exploitation.

Aucune des lois, aucun des décrets promulgués, réglementant les droits des travailleurs, n’avait remis en cause jusque-là cette liberté de base : aujourd’hui, tout est prétexte à des gouvernants, hommes de main du capital, pour tenter de faire revenir la condition ouvrière des décennies en arrière.

Paul SOREL