Pénuries de médicaments : le choix des grands laboratoires

18 Novembre 2020

Les pénuries de médicaments sont de plus en plus fréquentes et durent de plus en plus longtemps. Cette année, 2 400 d’entre eux auront été en rupture de stock selon l’Agence nationale de sécurité du médicament, soit deux fois plus que l’an dernier et six fois plus qu’en 2016.

Les choix commerciaux des grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux, qui ont la main sur les médicaments les plus essentiels, sont la cause de ces pénuries car, pour la plupart, ils ont délaissé certains médicaments pour en favoriser d’autres qu’ils vendent à prix d’or.

Il y a d’abord eu le déremboursement des médicaments dits de confort qui, s’ils ne sont pas essentiels dans le traitement d’une maladie, accompagnent les malades en les soulageant. Pour la Sécurité sociale, à la recherche permanente d’économies, ce « luxe » n’était plus permis, en tout cas à ceux qui n’avaient pas les moyens de se le payer eux-mêmes.

Mais, depuis une dizaine d’années, ce sont les médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur, dont le manque peut mettre en jeu la vie du malade, qui sont de plus en plus en rupture de stock. Dans le secteur des anticancéreux par exemple, on trouve un médicament contre le cancer de la vessie dont Sanofi a stoppé la production en juillet 2019. Suite à cela, certains malades n’ont pas eu d’autre choix que de subir l’ablation totale de la vessie.

Ces médicaments en rupture de stock sont des produits anciens. Commercialisés depuis plus de vingt ans, ils ont fini par tomber dans le domaine public et ne sont plus protégés par le brevet qui permettait aux laboratoires de les vendre à prix élevé. Maintenant qu’ils ne coûtent plus cher, moins de 4 euros pour le quart d’entre eux, les laboratoires cherchent en général à s’en débarrasser, sans se soucier qu’une production suffisante demeure. Celle-ci a été reprise ou sous-traitée par des groupes spécialisés dans les médicaments génériques, souvent localisés en Chine ou en Inde, et qui font leurs marges en récupérant parfois la totalité du marché mondial pour un médicament ou un principe actif donné. Cette concentration a aussi été une cause des pénuries car, en cas de problème de production, il n’y a pas d’autre fournisseur.

Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement a promis d’obliger les laboratoires à constituer des stocks. Mais, alors qu’il avait parlé de quatre mois de stock par médicament, il a déjà reculé devant la pression des laboratoires qui n’ont accepté qu’un ou deux mois. En réalité, il laissera les laboratoires faire ce qu’ils voudront. Et ce n’est pas le montant des amendes qui risque de leur faire peur. L’an dernier, les deux seules amendes infligées à des laboratoires – pour défaut d’information sur le risque de rupture et non-respect du plan de gestion des pénuries – ont été de 830 et 5 807 euros !

Aujourd’hui, ces mêmes laboratoires osent jouer les sauveurs de l’humanité en annonçant leurs futurs traitements contre le coronavirus. En réalité, ils marchandent avec tous les gouvernements la vente de leurs vaccins, avant même de savoir s’ils sont réellement efficaces, pour être assurés d’en tirer le meilleur profit.

Pierre ROYAN