Aux Mureaux : où sont les vrais problèmes ?

07 Octobre 2020

Quand Macron et sa cohorte de ministres se déplacent, cela se voit. Plusieurs jours avant son arrivée, c’était le branle-bas de combat à la mairie des Mureaux, dans les Yvelines, où il devait prendre la parole le 2 octobre. Le temps de sa présence, les forces de police étaient partout, le trafic des bus suspendu.

Le discours de Macron tenait de la provocation vis-à-vis de la population ouvrière de cette ville de 32 000 habitants. Beaucoup, travailleurs immigrés de longue date, enfants ou petits-enfants de travailleurs immigrés, ont eu le sentiment d’être une fois de plus stigmatisés en tant que tels, en tant que musulmans ou suspectés d’être musulmans, puisque d’origine marocaine, malienne, sénégalaise…

L’ex-ministre de l’Intérieur Castaner était venu lui aussi il y a peu aux Mureaux parler de « lutte contre le repli communautaire et l’islamisme ». Son successeur Darmanin a enchaîné dans une campagne sécuritaire sur « l’ensauvagement », ciblant particulièrement les jeunes des quartiers populaires. L’accusation de « séparatisme » brandie contre une partie de la population vise à faire oublier les dégâts causés dans les banlieues populaires par la politique du gouvernement. Pendant qu’il puise dans l’argent public pour arroser largement les financiers et les grands patrons, ce sont les classes supprimées dans les écoles, les bureaux de poste et guichets de gare fermés, les hôpitaux privés de moyens et de personnel.

Le plan contre le « séparatisme » comportera-t-il aussi un plan d’économies coupant les vivres à des associations locales ? C’est ce que craignent certaines. En tout cas, le 2 octobre aux Mureaux, un petit groupe de militants syndicaux et politiques s’étaient donné rendez-vous devant l’union locale pour dénoncer cette opération de communication.

Tous ont souligné dans le prétendu séparatisme un terme destiné à cacher les vraies difficultés qu’affronte la population : les suppressions d’emplois dans l’industrie automobile implantée dans la région, avec l’usine PSA de Poissy qui passe de trois équipes de travail à une seule, l’usine Renault de Flins menacée de fermeture, l’hôpital de Meulan-les Mureaux en sous-effectif chronique et, de plus, menacé de disparaître en tant que tel pour être transformé en Ehpad, des employés territoriaux qui subissent restructuration sur restructuration, des logements sociaux insuffisants…

Et, au-delà, beaucoup se demandent aussi qui va payer la facture de cette visite.

Correspondant LO