Aéronautique : la guerre contre les travailleurs est déclarée

07 Octobre 2020

« Aéronautique, le grand bain de sang commence », titrait le 6 octobre le journal économique Challenges. Depuis mi-mars, l’industrie aéronautique a annoncé la suppression de près de 11 000 postes en France, 14 000 si on compte la filière au sens large, des suppressions de postes qui deviennent effectives et qui seront suivies de bien d’autres. Entre 50 000 et 70 000 postes pourraient être supprimés au sein de la filière dans les prochains mois en France.

Les patrons de la filière, Airbus et Dassault en tête, justifient la saignée par la baisse de l’activité, certaines compagnies aériennes reportant de quelques mois l’acquisition de leurs avions. Mais cette baisse est toute relative car si Airbus ne livre plus que 50 avions par mois contre 80 d’ordinaire, il a un carnet de commandes plein pour huit ans, 7 500 appareils à produire. L’avenir d’Airbus est donc garanti, l’entreprise comptant remonter en cadence le plus vite possible. D’ici là, les entreprises du secteur veulent dégager le plus de profit possible et c’est aux travailleurs de toute la filière que la note est présentée.

La sous-traitance a toujours été un moyen pour les grandes entreprises d’optimiser leurs profits, au travers de salaires plus bas et de la plus grande flexibilité qu’elle permet. Airbus, en rapatriant la sous-traitance en interne et en annonçant lui-même des milliers de suppressions d’emplois, 5 000 sur le territoire, 15 000 en Europe, a donné le signal de l’offensive contre les travailleurs de toute la filière. La liste des plans de licenciements est sans fin. Parmi les plus importants, Daher a annoncé la suppression de 1 300 CDI et AAA, sous-traitant aéronautique d’Airbus et de Dassault, licencie début décembre 719 travailleurs, la moitié de l’effectif en CDI, après avoir renvoyé 900 intérimaires. Stelia, Latécoère, Figeac Aéro, Mecachrome, Lisi Aerospace, Derichebourg, Nexteam… annoncent tous entre 200 et 500 suppressions d’emplois chacun. Et quand eux-mêmes ne licencient pas, ce sont leurs propres sous-traitants qui sont renvoyés, jusqu’à des artisans qui ne trouvent plus de travail. Ainsi, Liebherr Aerospace à Toulouse a mis fin au contrat de 250 prestataires et intérimaires. Les plus grands de ces patrons sont souvent loin d’être sur la paille. À Liebherr Toulouse, les 1 500 salariés de l’usine ont produit 4 800 euros de bénéfices par mois et par salarié en 2019.

Du côté des fournisseurs, les attaques ne sont pas moindres. Le motoriste Safran, au-delà de ses prestataires et de ses sous-traitants, affirme qu’il ne prévoit pas de suppressions d’emplois en France, mais il en annonce 18 000 dans d’autres pays, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en fermant quatre usines. Rolls-Royce, le concurrent de Safran, prévoit de supprimer 10 000 postes, 20 % des effectifs. En France, Thales, filiale de Dassault qui fournit l’électronique des avions, annonce la suppression de 1 000 emplois dans sa division civile et menace les sites de Châtellerault.

Le patronat de l’aéronautique double cette offensive sur les emplois d’une remise en cause des salaires et des conditions de travail. Les accords de performance collective, comme celui signé chez Derichebourg, comme les accords d’activité partielle longue durée, signés chez Safran et dans de nombreuses entreprises sous-traitantes signifient des pertes de revenus de 10 ou 15 % pour les salariés. Chez Airbus, sur les chaînes d’assemblage où les sous-traitants et les intérimaires ont été remplacés par des ouvriers Airbus, les salaires ont été bloqués pour deux ans et le patron demande des heures supplémentaires gratuites prises dans un « compte de récupération Covid-19 ». Partout, la crise est une occasion pour le patronat d’aggraver l’exploitation.

Les entreprises qui organisent la filière aéronautique, Airbus, Dassault, Safran sont des trusts multimilliardaires dont les coffres sont pleins. La trésorerie de Dassault s’élève à plus de 4 milliards, tandis que celle d’Airbus est à plus de 30 milliards. On peut y ajouter les 15 milliards que le gouvernement a déversés dans la filière aéronautique et avec cela les profits patronaux sont garantis pour des années. 50 milliards permettraient de faire vivre les 11 000 travailleurs licenciés pendant 100 ans. Alors il n’y a aucune raison d’accepter de payer la crise, d’une façon ou d’une autre, pour sauver les profits patronaux.

Serge BENHAM