Gauche : le retour des marchands d’illusions

16 Septembre 2020

Interviewé lundi 14 septembre, Yannick Jadot d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a fait acte de candidature à l’élection présidentielle de 2022, déclarant : « Macron cinq ans de plus, ce serait une catastrophe. Il y a un chemin pour le vaincre, il faut une candidature de rassemblement autour de lécologie. Cest ce que je porte. »

Tous les dirigeants des partis de gauche se disent partisans du rassemblement, présenté comme la seule façon de ne pas voir le scénario de 2017 se reproduire, avec un duel Macron-Le Pen au deuxième tour. Mais, dans le même temps, ils sont plusieurs à considérer que ce rassemblement doit se faire derrière eux. Ainsi, sur la lancée des bons résultats des écologistes aux élections municipales, Jadot s’est payé le luxe de se déclarer avant Mélenchon qui, lui, a préféré attendre le mois d’octobre pour dévoiler sa décision. Le dirigeant de La France insoumise (LFI) laisse planer un faux suspense pour quelque temps, mais pas trop longtemps tout de même, car la course est lancée.

Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, avait lui aussi choisi d’entretenir le doute, déclarant lors de la journée d’été du PCF à Malo-les-Bains, dans le Nord, le 29 août : « Si tous ceux-là pensent que, comme en 2017 et 2012, le Parti communiste ne présentera pas de candidat, je dis à tout le monde : vous vous trompez. » En agitant cette menace, le dirigeant communiste cherche en fait à marchander des places pour son parti, en particulier dans la perspective des élections régionales et départementales prévues en mars 2021.

Quant au Parti socialiste, il est tellement affaibli que son dirigeant, Olivier Faure, s’est dit prêt à se ranger derrière un candidat écologiste en 2022. Mais les ambitions d’EE-LV aux élections régionales suscitent l’hostilité de certains barons du PS, en particulier de ceux qui veulent conserver leur poste de président des régions du Centre-Val de Loire, d’Occitanie, de Nouvelle Aquitaine ou de Bretagne.

Derrière les grandes déclarations des uns et des autres sur la nécessité d’offrir une alternative à Macron, il y a donc surtout la cuisine politicienne habituelle, dont le seul véritable enjeu est la répartition des postes et des places entre les notables de ces partis totalement intégrés dans les institutions, à tous les niveaux de l’appareil d’État.

Chaque fois qu’ils sont arrivés au pouvoir, en 1981 avec Mitterrand, en 1997 avec Jospin et en 2012 avec Hollande, ces partis ont renié les promesses qu’ils avaient pu faire aux travailleurs, se soumettant aux exigences du grand patronat et des plus riches. Ce sont ces trahisons successives qui ont démoralisé leurs militants et leur ont fait perdre une grande partie de leurs électeurs. Aujourd’hui, les dirigeants du PS, du PC, de LFI et des écologistes cherchent à exploiter à leur profit le rejet de Macron qui s’exprime dans de nombreuses couches de la population, mais cela ne pourrait que conduire une nouvelle fois dans une impasse.

Pour mettre un coup d’arrêt à la dégradation de leurs conditions de vie, à la montée du chômage et de la pauvreté, les travailleurs ne pourront compter que sur leurs mobilisations. Pour permettre au plus grand nombre de satisfaire des besoins élémentaires comme se soigner, se loger ou même tout simplement se nourrir correctement, il faudra renverser cette économie capitaliste fondée sur la recherche du profit par une minorité de très riches privilégiés. C’est cet objectif que les travailleurs devront fixer à leurs luttes, en se donnant les moyens de l’imposer eux-mêmes.

Marc RÉMY