Affaire Karachi : la justice se hâte lentement

17 Juin 2020

Le 15 juin, vingt-cinq ans après les faits, un tribunal a fini par condamner à des peines de prison ferme six des organisateurs d’une vaste carambouille mêlant politiciens de haut vol, industriels de l’armement, financiers véreux et hauts cadres de l’administration, l’affaire des sous-marins de Karachi.

Les marchands de canons et l’État avaient, en 1994, glissé une très forte enveloppe à des militaires pakistanais pour que leur pays achète des sous-marins français. L’affaire fut conclue et, comme convenu, aux alentours de 10 millions retournèrent aux intermédiaires français, en l’occurrence le clan formé autour du Premier ministre d’alors, Édouard Balladur. L’argent fut versé dans la caisse de campagne de celui-ci pour l’élection présidentielle de 1995, charge à ses administrateurs de maquiller les comptes.

Ils firent un travail d’amateurs. Le Conseil constitutionnel refusa dans un premier temps de valider les comptes de Balladur, avant de le faire pour ne pas « remettre en cause la démocratie » selon la conception particulière de son président d’alors. L’affaire aurait pu en rester là mais, visiblement, quelque chose a raté. Des intermédiaires mécontents se sont vengés sur les travailleurs chargés de mettre au point les sous-marins au Pakistan. Quinze d’entre eux sont morts dans un attentat, au nombre desquels onze Français, dont les familles ont remué ciel et terre pour connaître la vérité. C’est l’action de ces dernières qui, en remettant l’affaire sur la place publique, a abouti à la condamnation d’aujourd’hui et qui conduira peut-être Balladur, son ministre de la Défense, ­Léotard, et son porte-parole de l’époque, Sarkozy, devant un tribunal.

Mais la justice est bonne fille et les prévenus ne sont pas des dealers de barre d’immeubles. Anciens ministres, hauts fonctionnaires, dirigeant de multinationale, pourvus des meilleurs avocats, ils ont fait appel et sont restés en liberté. Balladur, à l’instar de son ami de trente ans Chirac, sera sans doute trop âgé pour être inculpé quand les juges finiront par se pencher sur son sort, s’ils le font un jour. Quant aux marchands de canons, nul n’a jamais songé à les inquiéter.

Paul GALOIS