Pandémie : les charlatans à l’œuvre

28 Avril 2020

Alors que la pandémie de Covid-19 a fait des centaines de milliers de victimes dans le monde, toutes sortes d’idées et de recettes plus ou moins farfelues circulent sur les moyens de combattre le virus. Comme souvent face à des catastrophes naturelles ou des épidémies, les superstitions en tout genre, parmi lesquelles la religion, proposent leurs remèdes, leurs consolations et leurs explications.

Côté explications, la pandémie est présentée comme le prix à payer par l’humanité pour ses péchés. La catholique réactionnaire Christine Boutin y voit le résultat d’un monde « devenu fou et affirmant même qu’un père pouvait ne pas être un homme », tandis que pour l’évêque de Bayonne, « Dieu utilise les peines qui nous blessent et nous frappent pour que nous en tirions les leçons de purification ».

Côté remèdes, les plus délirants s’improvisent directement guérisseurs, comme l’américain Kenneth Copeland, l’un des dix télé-évangélistes les plus riches du pays. Il invite ses téléspectacteurs à toucher l’écran pour recevoir la guérison spirituelle… sans oublier de faire un don. D’autres, comme l’imam de Brest, tout en recommandant d’écouter les préconisations des experts, délivrent des incantations censées protéger du mal. Quant au pape, il invitait tous les chefs d’églises et de communautés chrétiennes et tous les fidèles à réciter leur prière en même temps, le 25 mars à midi.

Dans un texte écrit en juin 1933, Trotsky évoquait ce paradoxe : « Non seulement dans les maisons des paysans, mais aussi dans les gratte-ciel des villes, à côté du 20e siècle, vivent encore le 10e et le 13e siècle. Des centaines de millions de personnes emploient le courant électrique sans cesser de croire à la force magique des gestes et des conjurations. Le pape de Rome propage par radio le miracle de la transformation de l’eau en vin. Les étoiles de cinéma vont chez les magiciens. Les aviateurs qui dirigent des mécanismes miraculeux créés par le génie de l’homme portent des amulettes sur leurs sweaters ».

Si les choses n’ont guère évolué des décennies plus tard, ce n’est pas seulement parce que la société capitaliste laisse dans l’ignorance et sans moyens d’éducation des milliards d’êtres humains. Ce sont les contradictions insupportables de cette société qui nourrissent les croyances les plus délirantes. Au 21e siècle, l’humanité est toujours en butte à des phénomènes sociaux qu’elle subit : crises économiques, chômage et guerre s’abattent, et écrasent les exploités qui ont l’impression que « c’est comme cela, on ne peut rien y faire ». Tout comme nos lointains ancêtres se tournaient vers les divinités pour qu’il pleuve ou pour que l’orage s’arrête, toute une partie de l’humanité se tourne vers la superstition, les miracles et les dieux pour tenter de prévoir et de conjurer les catastrophes qui s’abattent sur elle.

Cette société d’exploitation, où le profit de la classe capitaliste est le seul aiguillon possible, est incapable de générer une humanité libre et consciente. Exproprier la bourgeoisie et ses serviteurs politiques, prendre en main les rênes de l’économie et réorganiser la société n’est pas seulement une nécessité pour combler les besoins matériels de l’humanité : c’est aussi une nécessité pour que disparaissent l’ignorance, les angoisses et les peurs sur lesquels prospèrent tous les charlatans.

Nadia CANTALE