Italie : un nouveau gouvernement qui ne protégera pas de l’extrême droite

04 Septembre 2019

L’Italie se dirige vers un nouveau gouvernement, issu cette fois d’un accord entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD) de centre gauche. Les deux anciens ennemis y sont contraints s’ils veulent éviter les élections anticipées que Salvini, actuel ministre de l’Intérieur et dirigeant du parti d’extrême droite la Ligue, cherche à obtenir.

Après les 35 % des voix obtenus par la Ligue aux élections européennes, en grande partie aux dépens de son allié le M5S, Salvini estimait qu’il était temps de retourner aux urnes pour donner à son parti les moyens de gouverner seul. Le premier ministre Giuseppe Conte a présenté la démission de son gouvernement. Depuis, les petites phrases rythment les difficiles négociations entre le PD et le M5S pour aboutir à un nouveau gouvernement.

Du côté du PD, on explique que le M5S, complice des mesures les plus scandaleuses de Salvini contre les migrants, pourrait maintenant être un rempart contre l’extrême droite. Le M5S, qui a fait de la dénonciation de la corruption des vieux partis son seul argument politique, est également à la peine pour convaincre sa base qu’un mariage de raison avec le PD, qu’il a surnommé « Parti des corrompus », soit maintenant nécessaire.

Les tractations sur la répartition des fauteuils ministériels ont été présentées comme autant de « batailles pour le programme ». Le M5S se proclame intraitable sur la réduction du nombre de parlementaires, tandis que le PD se fait le champion d’un « gouvernement vert » et d’une économie qui « redistribue plus aux plus pauvres ».

En réalité, la feuille de route du futur gouvernement est dictée par les intérêts de la classe capitaliste : il faut réduire le déficit du budget de l’État et faire baisser le spread, l’écart entre les taux d’intérêts allemand et italien, responsable de la plus ou moins grande confiance des investisseurs… S’adressant aux patrons du nord du pays, qui constituent en partie la base électorale de la Ligue, Renzi, ancien chef du gouvernement du Parti démocrate, a déclaré : « Vous n’avez rien à craindre d’un gouvernement qui naît pour éviter l’augmentation de la TVA et faire baisser le spread. Si quelqu’un voulait vous faire du mal, sachez qu’on ne le soutiendrait pas. »

C’est sur le dos des classes populaires que se feront ces économies. Et alors que le chômage a encore augmenté cet été, il ne sera pas question de contraindre le patronat à quoi que ce soit. Cela n’a pas empêché Landini, le secrétaire du syndicat CGIL, de se prononcer en faveur d’un nouveau gouvernement Conte appuyé sur le PD et le M5S, dont il a chanté les louanges. Des organisations politiques de gauche comme LeU (libres et égaux) se rallient aussi à cet attelage, au nom de la lutte contre l’extrême droite.

Il est vrai que la mise en place de ce nouveau gouvernement annonce un répit pour les migrants et ceux qui les aident, qui n’auront plus à faire face à Salvini. Mais ce répit sera très relatif. Le M5S a cautionné Salvini. Quant au PD, lorsqu’il était au gouvernement, il a passé des accords honteux avec la Libye contre les migrants, préparant la voie à Salvini. Ces dirigeants utilisent eux aussi la démagogie antimigrants ou mettent en œuvre une politique semblable.

Il faut empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir, justifient le PD et le M5S. Mais contre celle-ci, ils proposent un accord de gouvernement bancal, visant surtout à leur éviter une déroute électorale annoncée. Ils répondent aussi aux désirs de la bourgeoisie, qui veut éviter une période d’instabilité risquée pour l’économie et souhaite que des mesures impopulaires puissent être prises sans attendre. En réalité, ce nouveau gouvernement continuera à alimenter le dégoût des classes populaires envers les politiciens et risque de faciliter encore la montée de l’extrême droite.

Pour stopper cette évolution dangereuse, dans laquelle PD et M5S ont une écrasante responsabilité, il serait fou de se reposer sur des combines parlementaires. Les travailleurs, les militants conscients du danger d’extrême droite, ne pourront s’y opposer qu’en mettant en avant leurs objectifs de classe, contre un gouvernement qui leur promet encore des coups et contre l’extrême droite.

Nadia CANTALE