Hôpital Lariboisière – Paris : pas de charité pour les plus pauvres

04 Septembre 2019

À la Maternité de l’hôpital Lariboisière, une dizaine de femmes sans abri qui viennent d’accoucher sont hébergées de façon précaire dans le service, et ce depuis plusieurs semaines.

La situation de ces femmes, dont le nombre a augmenté, pose de façon spectaculaire le problème du manque de foyers d’hébergement et de structures publiques face à la montée de la pauvreté dans les quartiers populaires.

Le manque de lits en Maternité, comme dans tous les autres services de l’hôpital, oblige le personnel à faire sortir les femmes de la chambre quelques jours après leur accouchement, afin d’accueillir de nouvelles patientes. L’hôpital étant tenu d’accueillir les mères au moins un mois après l’accouchement, elles sont tolérées, mais dans des conditions de précarité indignes. Elles ont quelques chaises à leur disposition dans le hall des Urgences maternité, et une salle attenante, au milieu du personnel qui travaille. La nuit, elles dorment sur le sol. L’hôpital leur a laissé les berceaux de service et fournit du lait aux bébés et l’accès aux sanitaires pour elles et leurs enfants en bas âge qui les accompagnent, mais c’est tout. Tous les jours, les mères doivent appeler le service d’hébergement d’urgence, au 115. Il vient parfois chercher une personne, mais le 115 étant lui-même débordé, il ne fait pas une priorité de leur cas, puisqu’elles sont au moins provisoirement hébergées à l’hôpital.

Le personnel soignant est attentif, et fait ce qu’il peut. Ainsi, les sages-femmes font souvent admettre les femmes sans abri dans le service très en avance. Le personnel fait face, mais se sent dépassé par la situation. Quant à la direction de l’AP-HP, elle met en avant l’ouverture récente de centres d’hébergement pour mères sans abri, mais leur nombre est évidemment insuffisant puisqu’ils sont déjà complets.

Laisser ces femmes dormir par terre à l’hôpital est d’autant plus choquant que des services entiers étaient fermés tout l’été, avec des dizaines de lits inoccupés, et que des étages entiers de services ont récemment fermé mais sont toujours équipés. Même si cela devait être à titre provisoire, il serait tout à fait possible de les faire dormir dans un lit. Interpellée par les syndicats et le personnel sur cette situation, la directrice de l’hôpital a répondu que si on logeait ces femmes dans de meilleures conditions, cela « ferait un appel d’air ». Cela résume l’attitude de l’AP-HP et au-delà, celle des pouvoirs publics, dont le problème n’est pas de répondre à la détresse des gens, mais de les refouler.

Correspondant LO