Suisse : 14 juin, la grève des femmes

19 Juin 2019

Vendredi 14 juin en Suisse, à l’initiative d’un collectif de syndicats et d’associations, des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue ou ont interrompu leur travail à 15 h 24, heure à laquelle elles considèrent qu’elles ne sont plus payées.

70 000 d’entre elles se sont réunies à Zurich par exemple, 40 000 à Bâle. Cette manifestation a eu lieu 28 ans après une autre qui avait déjà réuni 500 000 femmes car, même si certaines choses ont changé, elles trouvent à juste titre que l’égalité entre les sexes n’existe toujours pas.

Les femmes protestent contre les discriminations au travail, contre l’inégalité des salaires à travail égal, contre la double journée, contre les violences sexistes et sexuelles, mais aussi contre le mépris ou l’invisibilité des femmes au foyer. Celles-ci sont 32 %, dans un pays où il n’y a quasiment pas de chômage. Celles qui travaillent subissent une différence de salaire de l’ordre de 20 % en moyenne d’avec l’autre sexe. Comme dans la majorité des pays du monde, elles ont du mal à retrouver un poste après une maternité, à faire valoir leur compétence, à pouvoir cumuler la maternité et une activité professionnelle.

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois de services, les emplois précaires, à temps partiel et les moins payés. Dans ce pays qui apparaît comme riche et évolué, elles n’ont eu le droit de vote qu’en 1971, un congé maternité n’existe que depuis 2005 et la semaine de travail est de 42 h 30 pour les hommes comme pour les femmes. La loi suisse qui définit le viol est encore plus restrictive qu’en France.

Les femmes se sont organisées pour faire la grève des tâches domestiques et de l’éducation des enfants, en plus de la grève sur leur lieu de travail quand elles ont pu. Selon le canton, les autorités ont considéré que ces grèves étaient illégales, obligeant les femmes à prendre une journée de congé.

Elles demandent « plus de temps, plus d’argent et du respect ». Leur grève est autant dirigée contre les bas salaires que contre cette organisation sociale tournée vers le profit qui favorise toutes les oppressions. Et celle qui touche les femmes n’est pas la moindre.

Inès Rabah