La grève dans les urgences hospitalières nous concerne tous

19 Juin 2019

La grève dans les services d’urgence prend de l’ampleur. Partie il y a trois mois d’un hôpital à Paris, elle touche maintenant une centaine d’établissements dans toute la France.

La situation y est désastreuse parce que le manque de personnel et de moyens est criant et parce que, comme dans tout le reste de la société, c’est la course à la rentabilité qui dicte sa loi.

Travailler en permanence en sous-effectif, tous les travailleurs connaissent ça : sur les chaînes de montage, dans les ateliers de production, dans les bureaux, dans la grande distribution… C’est aberrant, car il y a des millions de chômeurs. Mais, dans les hôpitaux, c’est criminel. C’est le symbole du pourrissement de la société que d’avoir introduit la concurrence, en clair la recherche du profit, dans le domaine de la prise en charge des malades et des personnes âgées.

Depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements ont démoli le service public de la santé en y imposant des critères financiers. Ils ont ouvert les hôpitaux aux intérêts privés. Ceux-ci se sont jetés sur ce qui pouvait leur rapporter, et le reste, l’État l’a laissé dépérir. Alors, les hôpitaux publics se sont endettés et leur dette, qui a atteint 30 milliards d’euros, est désormais une des causes de la pression à la rentabilité.

À cela s’est ajouté le fait que les services d’urgence sont devenus de véritables asiles des temps modernes, qui croulent sous le poids de la misère croissante de la société.

Aujourd’hui, ils accueillent deux ou trois fois plus de monde que ce que leur capacité permet. Alors, on met deux malades dans un même box, séparés par un simple paravent, ou bien sur des brancards qui s’accumulent dans les couloirs, où ils doivent attendre parfois cinq heures ou plus.

En décembre dernier, dans un service d’urgence d’un hôpital parisien, une femme de 55 ans a été retrouvée morte au petit matin après avoir été amenée la veille en fin d’après-midi par les pompiers. Le personnel ne l’avait pas prise en charge parce que, ayant perdu connaissance, elle n’avait pas répondu à l’appel. À cause de la surcharge de travail, les soignants n’avaient pas pu faire le tour de tous les malades présents, et ils avaient cru qu’elle avait quitté les Urgences.

Les gouvernements ont prétendu que la privatisation des services publics améliorerait les choses car elle ferait baisser les prix. Au bout du compte, dans la santé, à la SNCF, à EDF ou à La Poste, des industriels et des financiers s’en sont mis plein les poches et les services publics se sont décomposés.

Après trois mois d’une contestation qui n’a fait que s’élargir, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en bonne politicienne arrogante, reste droite dans ses bottes. Elle propose une enveloppe de 15 millions d’euros pour renforcer les effectifs uniquement durant l’été. Selon les grévistes, qui affrontent jour et nuit les drames des Urgences, il faudrait embaucher au moins 10 000 personnes.

Les grévistes revendiquent aussi une augmentation de salaire de 300 euros pour tous. À l’hôpital, comme dans toutes les entreprises, les salaires n’ont pas suivi l’augmentation du coût de la vie. Les aides-soignants sont embauchés à peine au-dessus du smic. Et une infirmière parisienne, militante du mouvement, expliquait à la presse qu’avec presque dix ans d’ancienneté son salaire hors primes était de 1 589 euros brut.

Buzyn a concédé une prime de 100 euros par mois. Elle l’a justifiée en donnant pour raison que le personnel des Urgences avait à faire face à des citoyens agressifs et à des incivilités. Elle cherche évidemment un prétexte pour circonscrire cette prime aux seuls personnels des Urgences, alors que les salaires sont tout aussi bas dans les autres services hospitaliers. Mais, au passage, elle fait aussi la leçon aux malades.

Car pour les responsables politiques comme Buzyn, si la situation est devenue catastrophique, ce serait la faute des malades qui se comporteraient mal ou viendraient trop souvent se faire soigner, ou celle du personnel hospitalier qui n’aurait pas assez le sens des responsabilités, comme l’a sous-entendu le Premier ministre Édouard Philippe.

Le sens des responsabilités, les aides-soignants et les infirmiers l’ont justement, eux qui font face, malgré la désorganisation due à la course à la rentabilité orchestrée par des gouvernements irresponsables. Ils en ont assez, et leur combat est le nôtre.

Éditorial des bulletins d’entreprise du 17 juin 2019