Venezuela : Maduro réélu président

23 Mai 2018

Au Venezuela, l’élection présidentielle du 20 mai, anticipée comme le souhaitait initialement la droite, a assuré la victoire du candidat sortant, le chaviste Nicolas Maduro, contre le candidat d’une partie de la droite Henri Falcon, tandis que le reste de la droite boycottait l’élection.

L’abstention a été forte, seulement 46 % des 20,5 millions d’électeurs y ont participé, soit dix points de moins que ce que les chavistes espéraient. On est loin des taux de participation antérieurs : 63,4 % en 1998, la première fois où Chavez avait été élu, 74,7 % en 2006, 80,5 % en 2012. La première présidentielle après la mort de Chavez, en 2013, frisait elle aussi les 80 % de participation et Maduro avait obtenu 7,5 millions de voix.

Cette fois, il n’a que 5,8 millions de voix contre 1,8 million à son principal adversaire. C’est seulement 28 % du corps électoral. Il paye dans les urnes les difficultés dans lesquelles se débat la population depuis la chute des prix du pétrole brut et les mesures d’embargo orchestrées par les États-Unis.

Les commentaires des journaux se contentent de répéter le point de vue de la droite locale, des classes possédantes d’Amérique latine et des États-Unis, depuis toujours à la manœuvre derrière la droite vénézuélienne. Tous ceux-là rêvent que Maduro connaisse le sort subi récemment par Lula au Brésil.

Certains commentateurs déplorent le caractère autoritaire du régime et aussi la situation de la population, la dégringolade du prix du pétrole ayant rendu difficiles voire inexistants les approvisionnements du Venezuela en produits de première nécessité et en médicaments. En réalité, ceux-là se moquent du sort des classes populaires.

Depuis l’arrivée de Chavez au pouvoir, la droite locale, les possédants et Washington n’ont eu qu’un objectif : faire tomber Chavez. Ils ont d’ailleurs tenté de le faire à plusieurs reprises à travers deux coups d’État, qui ont échoué, et une série de consultations électorales que Chavez pouvait gagner haut la main quand la rente pétrolière lui permettait une certaine redistribution en direction des classes déshéritées.

Ce que souhaitent la droite, les possédants et Washington est de pouvoir à nouveau accaparer toutes les richesses du pays. Les procès en incompétence adressés aux chavistes ne visent qu’à ramener l’ancien ordre des choses où les bourgeois et les petits bourgeois gravitant autour d’eux étaient les bénéficiaires de la rente pétrolière.

Les plus bornés des commentateurs veulent aussi voir là un énième échec du socialisme. Mais les chavistes ne sont pas plus socialistes que ne l’était Obama quand il prétendait mettre en place un système de santé national aux États-Unis. Le socialisme ne consiste pas en quelques mesures favorables aux classes populaires, aussi précieuses soient-elles. Il signifie d’abord que les travailleurs exercent directement le pouvoir et s’attaquent à la propriété privée des moyens de production, et donc au pouvoir réel de la bourgeoisie ; toutes choses dont les chavistes se sont abstenus. En cherchant une voie épargnant le capital local et les multinationales, ils ont choisi de jouer le jeu dans le cadre de la société actuelle, pas de la renverser.

La droite, les possédants et Washington peuvent donc maintenant être à l’offensive et poursuivre leurs attaques. Les dirigeants américains ont déclaré qu’ils vont encore durcir leur embargo. Les élections du 20 mai ont montré qu’au sein des classes populaires beaucoup se méfient de ces démagogues et continuent de soutenir Maduro.

Jacques FONTENOY