Personnes âgées : maltraitées par la société

23 Mai 2018

La société française maltraite les personnes âgées. C’est la conclusion du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour les sciences de la vie et la santé. Ce comité compte 39 membres, parmi lesquels 19 professionnels et 15 chercheurs du secteur et, depuis 2016, il a étudié la situation faite en France aux personnes âgées.

En 2016, celles âgées de plus de 75 ans représentaient 9 % de la population, soit un peu plus de six millions de personnes, dont un grand tiers d’hommes et deux petits tiers de femmes. 25 % vivaient seules. La moitié n’ont plus d’amis. 79 % n’ont plus de contacts avec leurs frères et sœurs et 41 % n’en ont plus avec leurs enfants. 64 % n’ont aucune activité collective. 85 % des plus de 75 ans sont plus ou moins dépendants. 577 708 personnes, les trois quarts étant des femmes, bénéficient d’un hébergement permanent en maison de retraite ou en Ehpad.

Le comité considère cette concentration dans des établissements d’hébergement comme une institutionnalisation forcée et une ghettoïsation. Même si elle a de façon louable pour but d’assurer la sécurité de ces personnes, elle connaît de nombreux manques en termes de respect, à commencer par le coût, 1 949 euros mensuels en moyenne. Certes « les professionnels font du mieux qu’ils peuvent avec des moyens qu’ils n’ont parfois pas ». Mais, dans un contexte de pénurie, les personnes âgées se considèrent assez vite comme une charge , comme étant de trop ou n’étant plus .

Le CCNE dénonce un âgisme, pas toujours conscient. Opposé au jeunisme qui a la cote, c’est un manque de considération pour les personnes âgées. Par exemple, lors d’une consultation médicale, on peut trouver plus rapide d’examiner la personne à travers ses vêtements, car la déshabiller prendrait trop de temps !

Dès lors que le maintien à domicile devient impossible, en partie du fait que les auxiliaires de vie sont peu ou pas considérées et mal rémunérées, le CCNE propose que l’on apprenne dès l’école que l’aide aux plus vulnérables est un devoir, que la dépendance devienne une cinquième branche de la Sécurité sociale et que les constructions de logements prévoient désormais un ou un deux étages pour faire de l’Ehpad hors de l’Ehpad , toutes propositions dont le CCNE dit lui-même qu’elles ne seront pas populaires auprès de pouvoirs publics qui n’ont, sur ce sujet comme sur d’autres, qu’une vision comptable.

Question au comité : l’augmentation de la CSG pour les retraités est-elle de l’âgisme ?

Jacques FONTENOY