Macron et l’Europe : bruit à usage interne

27 Septembre 2017

Pour parler de la refondation de l’Europe, Macron a multiplié les envolées lyriques sur la démocratie et les « valeurs » européennes.

Il y a ajouté des propositions dans tous les domaines : l’innovation technologique, l’harmonisation de l’impôt sur les sociétés qui contribuerait à un budget commun avec un ministre des Finances commun, la taxation des profits financiers, une harmonisation des salaires minimum. Il a insisté sur l’Europe de la sécurité, un budget de défense commun, une police des frontières.

Il y avait de quoi plaire à tout le monde, les électeurs de gauche, ceux de droite, les sécuritaires, les détracteurs de ces traités européens dont Macron demande d’abord l’examen et peut-être la modification. Car s’il s’adressait en partie aux responsables politiques européens, il visait surtout le consensus dans l’opinion française.

C’est à se demander si l’Union européenne, pas encore construite malgré ses 70 ans passés, n’attendait pas son sauveur en la personne de Macron. Chantre de l’énergie et de la marche en avant, tout unitaire qu’il se veut, il a bien insisté sur la nécessité pour des pays « à l’avant-garde » désireux d’aller plus loin, de partir en éclaireurs car « aucun pays ne doit pouvoir bloquer ceux qui doivent avancer vite et plus loin. »

Bien sûr, dans le peloton de tête on trouve la France, l’Allemagne et quelques autres, les plus riches qui, grâce à un budget commun plus fort pourraient aider les autres, suggère-t-il. Les aider comme les fonds européens le font pour la Grèce, qui paye au prix de sacrifices exorbitants ce prétendu sauvetage ?

En réalité, cette construction européenne n’a jamais été qu’une façon pour les principaux États de tenter de réguler leur économie dans l’intérêt de leurs capitalistes, tout en bénéficiant d’un marché plus large. La crise économique n’a fait qu’amplifier les affrontements et la défense de leurs intérêts par chacun des partenaires.

Chaque bourgeoisie nationale tient à son appareil d’État et à sa souveraineté pour défendre ses profits. Elle tient à ses frontières et quoi qu’en dise Macron parlant du passé guerrier où on voyait « des barbelés au cœur de l’Europe » comme d’une époque révolue, les barbelés sont toujours là.

Sylvie MARÉCHAL