Argentine : la droite multiplie les attaques contre les travailleurs

27 Septembre 2017

En octobre prochain, en Argentine, auront lieu les élections de mi-mandat. Il s’agit de renouveler une partie des élus, sénateurs, députés, conseillers régionaux et municipaux, sans que cela ait de conséquence sur la composition du gouvernement actuel, dirigé par la droite. Le contexte est celui d’une situation sociale très dégradée.

La pauvreté a progressé de 23 %. La misère est visible, même dans la capitale, Buenos Aires, fief de la droite. Le président Mauricio Macri, héritier d’un empire industriel, en était le maire auparavant. L’inflation officielle est de 40 %. Depuis 2015, les prix des tarifs publics ont explosé. Celui du gaz a été multiplié par cinq et l’électricité par dix. D’autres augmentations révoltent les consommateurs : le litre de lait dépasse désormais celui de l’essence, cela dans le pays des vaches !

Le retour de la faim

On assiste maintenant à des marches de la faim : les manifestants réclament une loi d’urgence alimentaire à un gouvernement qui ne veut rien entendre.

Le parti présidentiel étant très minoritaire, Macri gouverne avec une clique de politiciens radicaux ou démocrates-chrétiens, mis sur la touche par les douze ans de règne des péronistes Nestor et Cristina Kirchner. Une alliée de Macri, Elisa Carrio, qui s’exhibait autrefois avec un grand crucifix, nie que la faim existe. Pour elle, c’est de la propagande péroniste !

Cependant Macri n’a pas osé supprimer tous les plans d’aides mis en place par les péronistes. Il a fait l’expérience, cette année, que les réactions peuvent être vives. Lorsque la Cour suprême a proposé de diviser par deux les peines de prison des militaires tortionnaires condamnés depuis la dictature, cela a déclenché une manifestation massive, ce qui a obligé Macri et le Parlement à remballer ce projet.

Des dizaines de milliers d’emplois industriels ont été supprimés. On vient travailler comme d’habitude le lundi et on apprend le mardi midi qu’on doit quitter l’usine sur le champ. On signe un papier, on touche une maigre prime et on se retrouve à la rue, au sens strict. Pour survivre, beaucoup en sont réduits à proposer aux passants, chaussettes, stylos ou mouchoirs en papier.

La multiplication des licenciements

Ces licenciements touchent tous les secteurs, en tête celui de l’alimentation – un comble ! – et des travailleurs réagissent, comme ceux de Cresta roja (Crête rouge, spécialiste du poulet) ou de Pepsico. Le concurrent de Coca-Cola a fermé une usine de chips et biscuits apéritif. Depuis des semaines, les travailleurs de Pepsico manifestent avec le soutien des secteurs syndicalistes combatifs et de l’extrême gauche politique.

L’extension de ces luttes est freinée par l’attentisme de la principale confédération syndicale, la CGT, qui ne propose des journées d’action que quand la pression de la base est trop forte. D’autres secteurs sont en lutte, par exemple des conductrices de bus licenciées à Cordoba.

L’élection d’octobre

Depuis 2011, une élection générale, les PASO, précède l’élection réelle, sorte de scrutin primaire qui vise à écarter les candidats obtenant moins de 1,5 % des voix. C’est ce qui a conduit les organisations trotskystes à se regrouper en front électoral pour les PASO du 13 août dernier dans le cadre de deux fronts. Au FIT (Front de gauche et des travailleurs) qui a déjà quelques élus y compris des députés s’est ajouté un Front de gauche pour le socialisme, regroupant deux autres groupes. Ces fronts ont obtenu un total de 1,2 million de voix, un résultat en progression.

Le gouvernement, qui contrôle la plupart des médias, a mis en scène la soirée électorale du 13 août pour masquer au public que dans la principale province du pays, celle de Buenos Aires, qui réunit 40 % de la population et une grande partie de l’activité, les péronistes l’emportaient, certes de peu. Le décompte des voix a été interrompu en cours de soirée et les résultats publiés... fin août !

Macristes et Kirchnéristes étant au coude à coude, l’élection d’octobre devrait être très disputée. Les militants du FIT espèrent cependant conserver leurs élus.

Jacques FONTENOY