Mauritanie : la grève à la mine de Tasiast10/08/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/08/2506.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Mauritanie : la grève à la mine de Tasiast

Dans le numéro du 3 juillet de leur journal Le pouvoir aux travailleurs, nos camarades de l’Union africaine des travailleurs communistes internationalistes (UATCI-UCI) relatent la grève victorieuse des travailleurs de la mine d’or de Tasiast en Mauritanie.

Dans le site minier de Tasiast, la production de l’or a été totalement bloquée durant 18 jours à la suite d’une importante grève des travailleurs. Cette mine d’or et son usine de production, située à environ 250 kilomètres au nord de la capitale mauritanienne, Nouakchott, est l’une des plus importantes de l’Afrique de l’Ouest. L’entreprise emploie au total 2 600 salariés. Rien que sur son site de production il y a plus d’un millier de travailleurs « permanents », sans compter les « non permanents » et les sous-traitants. Elle appartient depuis 2010 à une société canadienne, Kinross Gold Corporation, par l’entremise d’une filiale locale, Tasiast Mauritanie Limited SA (TML SA).

La grève a éclaté le 23 mai dernier à la suite d’une décision de la direction de réduire les prestations de ses salariés pour augmenter ses profits. Abdallahi Nehah, secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM), une des centrales syndicales qui dirige le mouvement, explique : « La société a décidé notamment de réduire, à compter du 15 mai 2016, la prise en charge de l’assurance-maladie de 100 % à 80 %, de l’impôt sur les salaires de 75 % à 25 % et le bonus trimestriel de l’équivalent d’un mois de salaire à cinq jours seulement […] Ces avantages sont devenus des acquis salariaux et ne sauraient être diminués sans négociations et accord entre les deux parties. »

Cette décision est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le mécontentement couve depuis longtemps. En août 2013, une grève avait éclaté autour d’une plate-forme revendicative en plusieurs points concernant notamment les salaires et la couverture médicale. En octobre 2015, il y a eu aussi un mouvement de colère suite à une suppression d’emplois. Les travailleurs n’ont pas oublié la promesse faite par la direction, quelques années plus tôt, d’embaucher 4 000 salariés. Or depuis 2013, il y a déjà eu deux plans de licenciements : 300 salariés licenciés en 2013 et 148 en 2015.

C’est la soif des dirigeants de toujours augmenter leurs profits tout en diminuant le nombre de salariés et en rognant sur les prestations sociales qui a provoqué la dernière grève. La colère des travailleurs est d’autant plus grande qu’ils voient chaque jour une quantité importante d’or qui sort de l’usine grâce à leur travail alors que la direction veut diminuer le peu qu’ils perçoivent.

Au bout de 18 jours de grève, durant laquelle l’usine a été complètement bloquée, la direction a fini par faire marche arrière. Dans un premier temps, elle a essayé de casser le mouvement en tentant de remplacer les grévistes par des sous-traitants. Mais sa tentative a échoué et elle a été contrainte de faire appel à la négociation avec les représentants des grévistes. Elle a officiellement annoncé qu’elle suspendait les mesures prises contre les salariés et qu’elle les soumettrait à la négociation avec les syndicats. Ceux-ci ont alors appelé à la reprise du travail après avoir obtenu la promesse qu’aucun gréviste ne sera licencié et qu’aucune mesure ne sera prise sans négociation.

Rien ne garantit cependant que la direction a définitivement renoncé à son plan de réduire les prestations. Elle reviendra certainement à la charge lorsqu’elle sentira que les travailleurs auront baissé la garde. Son objectif est avant tout d’augmenter les profits pour enrichir les actionnaires de la mine d’or. Mais par leur grève, les travailleurs ont fait la démonstration de leur force collective et ont montré à la direction qu’ils sauront se défendre contre d’éventuelles mesures scélérates.

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