Chine : le capitalisme et ses ordures20/01/20212021Journal/medias/journalnumero/images/2021/01/2738.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Chine : le capitalisme et ses ordures

La Chine vient d’interdire totalement l’importation de déchets. Jusqu’en 2018, elle en recevait plus de la moitié de la production mondiale.

Ces déchets proviennent essentiellement des pays riches, États-Unis et Union européenne en tête. La décision chinoise les amène donc à chercher d’autres destinataires.

Déjà en 2018, alors que la Chine venait d’interdire d’importer une première liste de 24 catégories de déchets, les importations de plastiques usagés avaient bondi de 56 % en Indonésie et de 1370 % en Thaïlande. Quant aux déchets de l’Union européenne, ils prirent alors la route de la Pologne, de la Roumanie ou de la Bulgarie.

En 2018, plus de 270 millions de tonnes de déchets étaient ainsi recyclées dans le monde : un business de 175 milliards d’euros, dominé par plusieurs géants, dont, pour la France, Suez et Veolia. Comme dans d’autres branches, une grande partie de leur production est sous-traitée dans les pays où les travailleurs sont les moins payés.

Ainsi, quand dans les années 1990 et 2000, la Chine s’est couverte d’usines, un marché s’est ouvert aux produits qu’on trouve en fin de recyclage, comme les granulés de plastique qui peuvent être transformés notamment en semelles de chaussures. Cette envolée de la demande a coïncidé avec l’essor du recyclage dans les pays occidentaux, qui ont ainsi trouvé un débouché pour leurs millions de tonnes d’ordures diverses. Sans compter que ce commerce permettait aux bateaux arrivant en Europe remplis de marchandises made in China, de ne plus repartir à vide.

Mais depuis le début des années 2010, la production chinoise de déchets est telle qu’elle ne nécessite plus d’en importer pour les traiter et obtenir les matières premières indispensables à l’industrie. Les autorités chinoises veulent donc d’abord valoriser les déchets du pays en fermant la porte à ceux de l’étranger, décision qui a le mérite supplémentaire de gêner les États-Unis, principal exportateur d’ordures en Chine.

Pour justifier cette mesure, le gouvernement chinois s’appuie sur une réalité : l’empoisonnement des sols, des eaux et des airs par une multitude de déchets non transformables. D’autant que, pour des raisons de coût, des déchets toxiques ou électroniques sont souvent mêlés aux déchets recyclables avant d’être envoyés à l’exportation où leur destruction laisse des traces.

Préoccupante en Chine, cette pollution volontaire prend des allures catastrophiques dans les pays plus pauvres, transformés en dépotoirs par les groupes capitalistes, comme l’avait montré par exemple l’affaire du Probo Koala, ce bateau affrété par la multinationale hollandaise Trafigura, qui avait en 2006 déchargé 581 tonnes de déchets toxiques dans le port d’Abidjan provoquant la mort de 17 personnes et l’intoxication de plusieurs milliers.

Les multinationales qui produisent les marchandises à l’origine de ces déchets font la pluie et le beau temps dans l’économie mondiale et ne tolèrent aucune contrainte. Elles produisent ce qu’elles décident en fonction du profit qu’elles en attendent.

Que cela soit utile, dangereux, polluant ou constitué de matériaux difficilement recyclables, est le dernier de leur souci. Elles laissent aux États et aux collectivités locales la gestion des conséquences sur les populations et l’environnement. Comme pour le reste, c’est « après nous, le déluge. »

Partager