Italie : crise économique et cirque politique

20 Juillet 2022

Le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, a présenté sa démission le 14 juillet, après la défection du Mouvement 5 étoiles lors d’un vote de confiance au Sénat. Mattarella, le président de la République, s’est empressé de la refuser.

Le gouvernement Draghi n’était pas menacé par le refus de vote du M5S, le vote lui accordant quand même une très large majorité. Il n’empêche, Draghi a mis en scène son départ, expliquant que les « conditions d’union nationale » n’étaient plus réunies.

L’ex-président de la Banque centrale européenne avait formé son gouvernement en février 2021, rangeant derrière lui pratiquement tous les partis, de la gauche à l’extrême droite, à l’exception d’un seul grand parti, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie, nom de l’hymne national). La formation d’extrême droite dirigée par Georgia Meloni, rivale de La Ligue de Salvini et héritière du parti fasciste, n’en promettait pas moins une opposition constructive.

Cette attitude responsable de tout l’échiquier politique a permis à la bourgeoisie italienne d’offrir à l’Union européenne l’image de stabilité politique nécessaire pour devenir le bénéficiaire numéro un du plan de relance européen, avec 180 milliards d’euros promis. La condition était, bien entendu, de réaliser des réformes pour améliorer le fonctionnement de l’État italien et la compétitivité de l’économie, promettant plus de sacrifices et d’attaques contre les classes laborieuses.

L’approche des élections législatives, prévues au printemps 2023, est le moteur de la crise actuelle. La perspective des urnes incite les acteurs du petit théâtre politique à tenter de se différencier les uns des autres. On a donc entendu les dirigeants de plusieurs partis de la coalition gouvernementale, de Salvini à Conte, désormais à la tête du M5S, en passant par l’inoxydable Berlusconi, exprimer leurs nuances ou leurs désaccords sur tel ou tel aspect de la politique de Draghi. Pendant ce temps, les ministres issus de ces partis, visiblement bien installés dans leurs fauteuils, lui juraient au contraire fidélité.

Cela a déjà conduit à l’éclatement du M5S. À l’épreuve des différentes combinaisons gouvernementales, exigeant à chaque fois de s’asseoir sur ses discours anticorruption ou antisystème, le M5S, qui disait vouloir « rendre la politique aux citoyens » s’est usé et ne dépasse plus guère les 10 % d’intentions de vote. Alors Di Maio, ministre des Affaires étrangères des gouvernements Conte, puis de celui de Draghi, a quitté le parti avec des dizaines de parlementaires. Préférant assurer son avenir politique dans le sillage de « Super Mario », il proclame qu’il fera tout pour garantir la gouvernabilité de l’Italie.

À l’heure où chacun tente de se démarquer, c’est finalement Enrico Letta, le dirigeant du Parti démocrate de centre gauche, qui demeure le soutien inébranlable de Draghi et de sa politique qui « sauvera l’Italie ». Il joint ainsi sa voix au chœur des représentants patronaux, grands et petits, qui multiplient tribunes et prises de parole dans les médias pour conjurer Draghi de rester à son poste et tous ces politiciens inquiets pour leur avenir de se montrer responsables.

L’Italie est considérée comme l’un des maillons faibles de l’économie européenne. Pour que la bourgeoisie italienne puisse profiter des milliards de subventions, il est d’autant plus nécessaire d’apporter toutes les garanties aux financiers et à la BCE, afin de ne pas voir les taux d’intérêt de la dette italienne grimper aux étoiles. Ces garanties d’austérité et de rigueur budgétaire sont incarnées, aux yeux de la bourgeoisie italienne et européenne, par Draghi.

Les politiciens de l’extrême droite ou du M5S, eux, tentent de se distinguer par une démagogie vaguement sociale qui prépare leurs futures campagnes électorales. Ce n’est certes pas sur elle que la classe ouvrière pourra compter pour combattre la précarité, les bas salaires et l’explosion du coût de la vie.

Nadia CANTALE