Hôpital : des discours pour passer l’été

20 Juillet 2022

Gérer l’urgence, au sens propre comme au figuré : telle est la mission que Macron et Borne ont confiée au nouveau ministre de la Santé, François Braun, lui-même ex-chef d’un service d’urgence à Metz.

Conseiller de Macron pendant la campagne présidentielle, il est l’auteur des 42 points de la Mission flash censée parer aux problèmes les plus immédiats rencontrés par les patients et les professionnels de la santé. Cela annonce la couleur : les politiques qui ont conduit le système de santé vers la catastrophe continuent d’être à l’ordre du jour, morceaux de sparadrap, miettes de primes et flots de conseils bourrés de bons sens à l’appui.

Interviewé par Aujourd’hui-Le Parisien, le nouveau ministre affirme agir « en urgentiste ». Même si la formule est destinée à inspirer confiance, son programme pour traverser les risques estivaux dans la santé n’a rien de rassurant. Et si le Dr Braun reste calme, valeur obligée de sa spécialité, ce n’est pas le cas du personnel soignant et hospitalier en général, contraint de se démultiplier, d’allonger les horaires, de reporter des congés. Ce n’est pas non plus celui des employées des maisons de retraite, en sous-effectif permanent et davantage encore en période de canicule.

Tout cela sans parler des patients, renvoyés des Urgences au 15 pour un tri préliminaire, ou redirigés vers un médecin de ville. Et encore, le scénario peut être plus rapide si les Urgences sont fermées, la nuit, le week-end, pendant trois semaines ou carrément pendant l’été. Il est long d’en établir la liste complète : sur les 120 ou 130 services d’urgence en difficulté, on peut citer celui du Pôle santé sud du Mans, qui ne fonctionne qu’en journée jusqu’au 30 septembre, ceux d’Ille-et-Vilaine, où d’ici peu plusieurs vont fermer leurs portes pendant quelques jours ou la nuit, le week-end ou pour quelques semaines. La situation au CHU de Rennes devient de ce fait ultra-tendue, avec en moyenne 30 % de patients de plus qu’avant les confinements, et de moins en moins de soignants et de lits ouverts.

Le ministre urgentiste dit assumer. Face aux grandes chaleurs récurrentes, au retour du Covid, à l’épuisement du personnel des établissements hospitaliers, « le système de santé est prêt », prétend-il. Il a « réactivé le numéro Vert Canicule Info Service », il a validé le tri des malades à l’entrée des services d’urgence. On a ainsi pu voir, le soir du 14 juillet à Montpellier, pas moins de sept ambulances attendre jusqu’à une heure et demie au sas des Urgences du centre hospitalier, pour le « tri » des patients par le 15, puis… leur réorientation vers le centre hospitalier.

Outre la campagne publicitaire dissuasive sur le thème « Les urgences, c’est pas automatique », Braun poursuit le saupoudrage de primes, quasi insultantes, comme celle des infirmiers de bloc opératoire dont le supplément pour heure nocturne passera de 0,17 à 0,34 euro, mais entre le 1er juillet et le 30 septembre seulement ! Loin de rougir de telles propositions, il choisit de s’en prendre à la « dérive de l’intérim », qu’il considère être celle des soignants qui se font embaucher par des agences pour gagner davantage.

Programmer des réunions, dépenser de la salive, faire appel à la médecine de ville sans tenir compte des déserts médicaux, tout ce qui ne coûte rien est détaillé pour éviter de régler le problème de fond. Ce qui urge est l’embauche massive de personnel, soignant, hôtelier, ouvrier, administratif, avec des salaires corrects, en nombre suffisant pour rendre vivables les conditions de travail et de congé, et pour rouvrir tous les lits fermés depuis des années.

Viviane LAFONT