Manque de moyens pour les élèves handicapés

19 Janvier 2022

Avec sa diatribe provocante contre l’école inclusive, c’est-à-dire accueillant tous les enfants, Éric Zemmour a jeté une lumière crue sur les attitudes des uns et des autres.

Car, si le candidat d’extrême droite se positionne pour le retour à l’ordre ancien, l’abandon des enfants handicapés et de leurs familles, le silence des instituts prisons, les prétendus humanistes des gouvernements passés et présent ne valent guère mieux.

La loi de 2005 disposant que les enfants souffrant d’un handicap doivent être accueillis à l’école publique avec les autres, et aidés pour ce faire, ne prévoyait pas les moyens humains et matériels nécessaires. Aujourd’hui, plus de 400 000 élèves souffrant de handicaps plus ou moins sévères fréquentent écoles, collèges et lycées. Le ministère affirme que 220 000 d’entre eux sont accompagnés par une « aide humaine », un AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap).

Les 100 000 AESH, en con­trat précaire et à temps partiel pour la plupart, ont un salaire moyen de 760 euros. Ils, et le plus souvent elles, passent beaucoup de temps à attendre entre deux cours ou entre deux élèves et à se déplacer entre plusieurs établissements. Ils n’ont pas les moyens de faire correctement leur travail et pas le salaire pour en vivre décemment. Ainsi les élèves de primaire ne sont accompagnés en moyenne que durant 5 à 6 heures sur les 24 qu’ils sont censés passer à l’école. 35 000 enfants, parfois très lourdement handicapés, sont sans AESH à ce jour. Cette situation a conduit l’an passé et conduira encore les AESH à faire grève et à manifester.

L’administration affecte les enfants handicapés dans des établissements scolaires sans se préoccuper réellement des difficultés. Des enseignants racontent qu’ils ont eu des élèves en fauteuil dans un collège sur trois étages, sans ascenseur ou avec un ascenseur trop étroit. À un instituteur qui demandait de l’aide pour accueillir valablement une enfant sourde, le rectorat a conseillé un lien pour avoir des tutos sur Internet. Et combien en sont réduits à faire le peu qu’ils peuvent ? Les gouvernements qui ont mis en place l’école inclusive ne sont pas allés jusqu’à lui consacrer une fraction des sommes qu’ils allouent à la défense des profits.

Les handicapés, quels que soient leur âge et leur handicap, doivent participer à la vie sociale. Les sociétés dites primitives, celles qui ne connaissaient pas encore l’exploitation, ne rejetaient pas pour autant leurs membres. Il a fallu attendre la course au profit et à la rentabilité pour que les handicapés, les vieux, les fous et les malades soient abandonnés ou enfermés dans de sinistres institutions.

Heureusement, comme dans bien des domaines, la solidarité colmate les brèches que l’État, qui n’est pas là pour ça, laisse béantes. Des collectes sont organisées pour aider les familles, des associations tentent de pallier les manques les plus criants, le personnel des établissements scolaires se débrouille pour faire face et les enfants eux-mêmes aident et entourent leurs camarades handicapés. Il y a plus de générosité et de simplicité dans une classe de CM2 d’un quartier populaire que dans tous les discours, haineux ou mielleux, des responsables politiques, hauts fonctionnaires, ministres ou candidats à l’être.

Paul GALOIS