Électricité : le courant passe entre l’État et le privé

19 Janvier 2022

Pour tenter de faire réélire Macron, le gouvernement se sent obligé de tenir la promesse faite par Castex en septembre de limiter la hausse du prix de l’électricité à 4 % pour les particuliers.

Les prix sur le marché se sont envolés et la hausse aurait dû être de 35 % voire de 44 % ! Du coup le gouvernement, actionnaire d’EDF à près de 84 %, a pris deux mesures. La majeure partie de la taxe TICFE (taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité) est passée de 22,50 à 0,50 euro le mégawattheure, ce qui fait baisser les factures mais entraîne un manque à gagner de 8 milliards d’euros pour l’État. C’est considérable mais encore insuffisant. C’est pourquoi l’État impose à EDF de brader une part plus importante d’électricité nucléaire à ses concurrents dits « alternatifs », sociétés privées dont la plupart ne produisent pas le moindre électron.

Il existe déjà un mécanisme baptisé ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) qui impose à EDF de vendre à un prix de faveur 100 térawatt­heures d’électricité, soit le tiers de l’électricité qu’elle produit, à ses concurrents, qui ensuite la revendent avec une marge de bénéfice. Cette manne a attiré de plus en plus de concurrents et les 100 térawattheures sont devenus insuffisants. Les concurrents alternatifs doivent donc se procurer un complément pour honorer les contrats avec leurs clients. Or les prix du marché varient d’heure en heure et explosent. Ils étaient, par exemple le 17 janvier, généralement au-dessus des 250 euros le mégawattheure, frôlant même parfois les 300 euros. EDF doit cependant vendre son courant à 42 euros le mégawattheure, tarif qui vient d’être revalorisé à 46,20 euros.

Parmi ces alternatifs, il y a quelques gros poissons comme TotalÉnergie par exemple, et certains vendent du courant à de gros industriels. Il n’est pas question pour le gouvernement de se mettre mal avec les capitalistes en général et avec Total et certains industriels en particulier.

D’où ces cadeaux en milliards et cette obligation faite à EDF d’augmenter la quantité d’électricité vendue à très bas prix à ses concurrents. Et cela sous prétexte de préserver le pouvoir d’achat de la population !

Mais une partie des centrales d’EDF est à l’arrêt en ce moment et sa production a donc baissé. Devant maintenant céder une partie plus importante du courant à ses concurrents, elle ne peut plus fournir suffisamment d’électricité à ses propres clients ! Pour y parvenir quand même, elle doit acheter ce qui manque sur le marché à des prix faramineux. Le calcul a été fait : EDF y perdra, selon l’évolution du marché, entre 7,7 et 8,4 milliards d’euros. Aussitôt son cours en Bourse a plongé de 25 %, avant de se redresser un peu à -14,59 %.

L’État puise dans les caisses publiques et dans celles d’EDF pour sauver les fournisseurs « alternatifs ». Et la population paiera au bout du compte ces cadeaux et ces hausses… après les élections.

André VICTOR