Réfugiés afghans : à bas les frontières !

25 Août 2021

Dans son discours du 16 août, Macron a affirmé à la fois la nécessité de venir en aide aux Afghans qui ont travaillé pour l’armée française, et celle de collaborer avec les pays européens pour se protéger contre une vague d’immigration clandestine.

Alors que toutes les télévisions montraient les images de milliers d’Afghans envahissant l’aéroport de Kaboul pour essayer de fuir le régime des talibans, ces propos étaient révoltants.

L’Élysée a alors prétendu que neuf demandeurs d’asile afghans sur dix auraient été accueillis en France ces dernières années, ce que les chiffres ne confirment pas. Depuis 2018, 10 000 Afghans demandent l’asile en France chaque année, 5 500 l’ont obtenu en 2018, 6 244 en 2019, 7 494 en 2020.

La France est aussi un des pays européens qui ont renvoyé le plus d’Afghans vers leur pays, en proie à la violence, ces dix dernières années : près de 6 000 qui étaient sur le territoire, plus 10 000 qui ont été refoulés directement à la frontière. Depuis quelques semaines, avec l’avancée des talibans vers le pouvoir, les expulsions vers l’Afghanistan ont été arrêtées… temporairement.

Depuis la prise de Kaboul par les talibans, l’Allemagne a annoncé qu’elle accueillerait 10 000 réfugiés Afghans, la Grande-Bretagne 20 000. Pour ce qui concerne la France, un millier de réfugiés, évacués par avion, sont arrivés à Paris, en majorité des collaborateurs de l’armée française, traducteurs, chauffeurs, cuisiniers, guides, et leurs familles. Le ministre des Affaires étrangères, Le Drian, parle d’en accueillir mille de plus.

Il est évident que les puissances occidentales, après avoir dépensé des milliards pour faire la guerre en Afghanistan pendant vingt ans, ne mettront pas les moyens nécessaires pour évacuer tous ceux qui les ont aidés, sans parler de ceux qui se sentent menacés par le régime à d’autres titres.

Beaucoup ne pourront pas partir dans le fiasco de l’évacuation actuelle, et rien ne pourra empêcher que certains essaient de fuir les persécutions du nouveau régime. Plutôt que de leur assurer le droit de s’installer dans le pays de leur choix, Macron et ses complices de l’Union européenne se préparent au contraire à multiplier les barrières pour les empêcher de venir. L’Autriche, reprenant une des propositions du discours de Macron, ne vient-elle pas de proposer d’installer des camps de réfugiés dans les pays frontaliers de l’Afghanistan ?

Profitant sans vergogne de la situation, les concurrents de Macron font de la surenchère. De Bertrand à Pécresse en passant par toutes les nuances de l’extrême droite, c’est à qui dénoncera le danger d’accueillir de prétendus talibans en France. Mardi 24 août, les médias se répandaient déjà sur un prétendu taliban caché parmi les réfugiés de l’ambassade de France. Cela ne serait que ridicule si cela ne faisait pas partie de la campagne visant à dresser une partie des travailleurs contre une autre.

Hélène COMTE