La Poste : contre les usagers et les postiers

28 Juillet 2021

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé le versement d’une dotation annuelle de 700 millions d’euros à La Poste. L’objectif n’est pas d’améliorer le service postal, fortement dégradé faute de personnel, mais au contraire de pousser encore un peu plus à sa détérioration.

La Poste s’engage en effet, en contrepartie de cette dotation, à mettre en place en 2023 la distribution du courrier en J + 3, c’est-à-dire trois jours après le dépôt dans la boîte à lettres. Pour l’instant, celle-ci se fait théoriquement le lendemain pour les lettres affranchies avec un timbre rouge et le surlendemain s’il s’agit d’un timbre vert. Encore n’est-ce là que les délais annoncés par La Poste, qui peuvent s’allonger quand un facteur absent n’est pas remplacé ou, plus généralement, quand le courrier n’est pas distribué faute de personnel pour le traiter à un niveau ou à un autre.

Cette mesure, et la dotation qui va avec, sont censées compenser la baisse de volume du courrier papier, remplacé par Internet. C’est l’alibi avancé par La Poste à tout bout de champ. Elle s’en sert pour justifier l’augmentation du prix du timbre, quelle que soit sa couleur, de 20 % en deux ans. La Poste projette de persévérer dans cette voie en instaurant une offre dite « prémium » pour ceux qui voudront absolument que leur courrier soit distribué le lendemain et qui seront prêts à payer plus cher pour ce qui était autrefois la norme.

Mais la baisse du courrier, c’est surtout l’argument dont se sert La Poste pour justifier les suppressions d’emplois, qui se poursuivent aujourd’hui au rythme de près de 10 000 par an. Il n’y avait plus, fin 2020, que 189 000 postiers, contre 252 000 il y a dix ans. Partout dans le pays, les réorganisations se succèdent à un rythme infernal, et chacune comporte son lot d’emplois supprimés, d’aggravation des conditions de travail et de personnel précaire jeté dehors. L’instauration du J +3 va encore aggraver la situation, car les économies que La Poste en escompte seront forcément réalisées sur la masse salariale, c’est-à-dire sur le nombre de postiers.

Mais rien ne dit que cela passera comme une lettre à la poste, comme on pouvait dire autrefois. Au nombre qu’ils sont encore, les postiers ont la force de faire reculer leur patron. Et la sympathie qu’ils rencontrent de la part de la population, lorsqu’ils se battent contre une réorganisation dans une ville ou une autre, montre bien que tous sont conscients que La Poste se moque des usagers comme des postiers.

Daniel MESCLA