Irlande : des crimes au nom de la religion

20 Janvier 2021

Mardi 12 janvier, un rapport d’enquête repris par le Premier ministre irlandais a révélé qu’environ 9 000 bébés et jeunes enfants sont morts par manque de soins, de nourriture ou du fait de mauvais traitements dans des Mother and baby homes entre 1922 et 1998, date où le dernier de ces centres fut fermé.

Tenues dans leur presque-totalité par des religieuses catholiques, ces Maisons de la mère et de l’enfant étaient de véritables prisons pour les jeunes femmes, qui devaient y travailler plusieurs années sans salaire pour « se repentir de leurs péchés » et rembourser leur prise en charge. Parallèlement à ces homes, les couvents cachaient aussi des Magdalen laundries, des laveries où les femmes pouvaient être enfermées à vie sans jugement, sur simple décision de la famille. Elles y subissaient brimades et humiliations tout en étant obligées d’effectuer gratuitement un travail pénible. Plus de 10 000 femmes y furent enfermées entre 1922 et 1996.

Il y a 25 ans encore, dans un pays de l’Union européenne où, théoriquement, existe l’égalité des droits entre les sexes, celles qui avaient le malheur de tomber enceintes hors mariage étaient considérées comme des parias. Rejetées par leur famille et par la société de la très catholique Irlande, elles se voyaient contraintes d’accoucher en cachette dans une de ces maisons, où elles devaient bien souvent abandonner leur enfant si elles voulaient pouvoir un jour se réinsérer socialement. Il arrivait à certaines de rester esclaves à vie dans une laverie liée à un couvent, source de revenus pour les religieuses.

L’enquête avait été ouverte suite à la découverte, en 2014, de 796 corps de nourrissons et de jeunes enfants dans une fosse septique du couvent de Tuam, près de Galway, à l’ouest du pays. Il était hors de question, selon la religion catholique, de baptiser ces enfants nés hors mariage et, par conséquent, de les enterrer dignement dans un cimetière, lié lui aussi à une église.

Environ 57 000 enfants seraient nés en Irlande dans ces Homes entre 1930 et 1990. Un sur six y est mort. Quant aux survivants, l’avenir ne leur offrait guère des perspectives. Les plus chanceux, si on peut dire, étaient les enfants adoptés aux États-Unis. Ils étaient vendus sans vergogne par le couvent et la plupart du temps sans le consentement de leur mère biologique. Les autres étaient placés dans des fermes en Irlande, l’Église fournissant là aussi une main-d’œuvre gratuite.

Le Premier ministre, Michael Martin, a présenté ses excuses au nom de l’État irlandais. Elles sont bien tardives, surtout si l’on considère que l’existence de ces prisons, où les femmes étaient des esclaves et les enfants une marchandise, était bien connue et admise par tous, à commencer par les autorités. Ces excuses sont aussi bien peu de chose au regard de crimes commis au nom de la religion et couverts à tous les niveaux par un appareil d’État dans lequel l’Église catholique et sa morale réactionnaire restent prédominants.

Marianne LAMIRAL