Couvre-feu : double peine pour la population

20 Janvier 2021

Le gouvernement ne déroge pas à la règle qu’il applique depuis le début de la crise sanitaire : il n’a octroyé aucun moyen supplémentaire aux hôpitaux, il n’impose rien à l’industrie pharmaceutique pour qu’elle accélère la fabrication de vaccins.

En revanche, le nouveau couvre-feu imposé à 18 h dans tout le pays depuis le 16 janvier, comme bien des mesures annoncées précédemment, aboutit à compliquer encore un peu plus la vie des travailleurs et des classes populaires.

Sans qu’il soit prouvé que l’extension du couvre-feu sera efficace pour lutter contre l’épidémie, le gouvernement a décidé de l’imposer pendant deux semaines minimum. Mais il n’a pas envisagé de mesures pour réduire la promiscuité dans les transports, dans les entreprises ou dans les écoles. Il ne s’agit pas, par exemple, de faire que les travailleurs quittent le travail un peu plus tôt, une heure voire deux heures avant, ne serait-ce que pour étaler les retours, ou tout simplement pour alléger la journée de travail rendue pénible par le port du masque. À ce sujet, le gouvernement a tout de suite rassuré le patronat. Les travailleurs dont c’est l’horaire devront continuer de travailler au-delà de 18 h et c’est alors seulement qu’ils auront le droit de rentrer directement chez eux.

Le gouvernement ne veut rien imposer aux patrons, qui doivent continuer à faire du profit, et tant pis si la vie est plus pénible pour les salariés. Les supermarchés, les services publics, doivent fermer leurs portes à 18 h, à charge pour les parents, s’ils travaillent, de prendre leurs dispositions et de faire appel par exemple aux grands-parents, avec les risques sanitaires qui en découlent.

Conséquence immédiate du couvre-feu : les embouteillages se multiplient dans les grandes villes, parce que ceux des salariés qui le peuvent aménagent leur temps de travail en fonction des trajets et se précipitent pour rentrer avant 18 h. À l’entassement dans les transports et au temps perdu dans les bouchons s’ajoute la crainte, pour certains, d’être verbalisés en cas de contrôle par un policier zélé.

De la même manière, les salariés doivent revoir toute leur organisation, que ce soit pour les courses ou pour les enfants, et se débrouiller comme ils peuvent. Pendant ce temps, les patrons de la grande distribution sont rassurés, car les dérogations pour ouvrir le dimanche se multiplient. Ce qui n’empêchera pas de voir les files d’attente dans les magasins s’allonger avant le couvre-feu et les courses devenir un vrai casse-tête.

Le résultat de ces mesures est de renvoyer sur la population la responsabilité de la circulation du virus. Dimanche 17 janvier, le gouvernement a pu se montrer fier du nombre de contraventions dressées par la police la veille. Mais cette traque des « mauvais citoyens » ne réussit pas à cacher l’incapacité du gouvernement, réduit à courir d’un expédient à un autre face à l’urgence sanitaire.

Aline URBAIN