Terrorisme : des mesures qui ne protègent personne

21 Octobre 2020

Depuis l’assassinat atroce de Samuel Paty, le gouvernement se démultiplie, expliquant qu’il ne tremblera pas devant « l’ennemi de l’intérieur » et qu’il se donne les moyens de faire la guerre au terrorisme.

Au terme d’un conseil de défense, dimanche 18 octobre, Darmanin, le ministre de l’Intérieur, annonçait qu’il donnait deux jours aux préfets pour rendre effective l’expulsion de 231 personnes fichées S en situation irrégulière. Puis le gouvernement a déclaré qu’il renforçait le contrôle et envisageait la fermeture de 51 associations jugées proches de l’islamisme radical. Le lendemain, la mosquée de Pantin faisait l’objet d’une fermeture administrative de six mois, son responsable étant accusé d’avoir relayé la vidéo du père d’élève incriminant le cours de Samuel Paty.

Accusé de laxisme par LR et l’extrême droite, le gouvernement veut montrer qu’il réagit fermement. Mais, pas plus que la dizaine de lois antiterroristes déjà prises ces dernières années, ces mesures ne permettront d’en finir avec cette barbarie, qu’elle soit l’œuvre de membres d’organisations comme Daech ou celle d’assassins isolés.

En revanche, en favorisant la stigmatisation des musulmans des quartiers populaires, en rendant la vie encore plus invivable à des migrants fuyant les persécutions et suspectés d’être des assassins en puissance, de telles mesures vont encore creuser le fossé entre les différentes composantes des classes populaires et encourager le repli communautaire sur lequel prospère l’idéologie réactionnaire des islamistes.

Incapable de s’opposer aux effets ravageurs de la crise, à la montée du chômage et de la misère, le gouvernement de Macron n’est pas davantage en mesure de stopper le terrorisme, qui est un autre produit de l’ordre social capitaliste qu’il sert. C’est sur la base de l’oppression et de la domination impérialiste que se développe le chaos qui ensanglante de nombreuses régions du monde, où naissent et renaissent des groupes armés plus ou moins fous de dieu, mais tous résolus à imposer leur dictature aux populations locales. S’ils trouvent des relais au cœur des pays riches, c’est en s’appuyant sur les frustrations et les haines qui naissent d’une société en crise.

C’est sur cette base que l’extrême droite religieuse islamiste espère développer son emprise et pouvoir imposer sa loi à tous les musulmans, ou supposés tels de par leurs origines. En miroir, l’extrême droite des pays occidentaux prétend ranger derrière elle les populations autochtones. Dans un capitalisme en crise, où l’angoisse de l’avenir grandit en même temps que le chômage progresse et que les difficultés matérielles s’installent dans les quartiers populaires, les travailleurs doivent refuser de se laisser ainsi opposer et enfermer derrière des drapeaux.

Au-delà de leurs différences, les travailleurs partagent tous la même réalité de fins de mois de plus en plus difficiles à boucler. Ils ont les mêmes intérêts à défendre. Se laisser morceler, diviser, par nationalité, religion ou couleur de peau, serait accepter de disparaître en tant que classe, se condamner à subir la domination du patronat et la dictature de son ordre capitaliste.

Nadia CANTALE