Religions : l’ordre moral instrument d’oppression

21 Octobre 2020

Le meurtrier de Samuel Paty a voulu imposer sa morale religieuse par la force, suivant le projet politique des intégristes musulmans. Mais cette violence pratiquée au nom d’une religion n’est pas l’apanage exclusif de l’Islam.

Il n’est pas besoin de remonter aux guerres de religion européennes et au massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572, pour le démontrer. Les opposants à l’IVG ont manifesté dans les rues pour interdire, au nom de leur religion, la libre disposition de leur corps à toutes les femmes. Les plus excités d’entre eux s’en sont pris physiquement, à de multiples reprises, aux médecins et aux hôpitaux qui pratiquent l’IVG. Leurs semblables américains sont allés jusqu’à assassiner des médecins. D’autres, ou les mêmes, ont mis le feu à des cinémas qui avaient le tort de programmer un film montrant leur dieu avec d’autres images que les leurs.

Bien des partis religieux prospèrent encore à notre époque. Hindouistes extrémistes, évangéliques fanatiques, juifs ultra-orthodoxes, catholiques intégristes, islamistes radicaux, popes nationalistes, la liste est longue de ceux qui exercent ou préparent dictatures et assassinats au nom de leur foi. Ces partis ont pour point commun de vouloir régenter la vie sociale, y compris celle des non-croyants, en le justifiant par des doctrines religieuses.

Dans un monde caractérisé par la lutte de tous contre tous, la religion est un habillage idéologique des plus pratiques pour souder un groupe ou une population, s’en faire une clientèle, une base sociale ou un tremplin en vue de conquérir le pouvoir. Les partis religieux peuvent être des émanations directes de la classe dominante, comme l’était naguère celui de l’ultra-catholique Franco ou comme le sont aujourd’hui les musulmans wahabites d’Arabie saoudite. Ils peuvent être de simples pompes à finances pour leurs pasteurs, Moon et d’autres. Ils peuvent aussi s’appuyer sur une fraction humiliée de la population, comme certains islamistes contemporains. Mais tous veulent imposer leur ordre moral et tous, l’histoire comme l’actualité le montrent, sont prêts à utiliser la force pour y parvenir, aux dépens finalement de l’ensemble des opprimés, avec ou sans religion.

Il y a autant de prétendants à la dictature qu’il y a de sectes politico-religieuses, reconnues ou non, nouvelles ou millénaires. Les fanatiques islamistes, comme celui qui a sévi à Conflans, n’en ont pas l’exclusivité. Cela ne retire rien à l’horreur de son crime, mais cela signifie qu’il ne suffira pas d’annoncer de nouvelles lois policières pour conjurer l’obscurantisme.

Paul GALOIS