Renault : un déficit et des milliards dans les coffres

05 Août 2020

Les dirigeants du groupe Renault ont publié fin juillet leurs résultats pour le premier semestre 2020. Le « coup de semonce perturbant », comme ils l’appellent, se traduit par un chiffre d’affaires en baisse d’un tiers et surtout un déficit net de 7,3 milliards d’euros, à comparer avec un bénéfice de 790 millions d’euros pour le premier semestre 2019.

Les pertes liées aux conséquences de l’épidémie sont évaluées à 1,8 milliard sur un trimestre et celles attribuées au constructeur japonais partenaire Nissan à 4,8 milliards. « La situation est sans précédent, elle n’est pas sans appel » : tel a été le commentaire du nouveau directeur général Luca de Meo. En effet, si le déficit annoncé par le constructeur dépasse pour l’instant largement celui consécutif à la crise des subprimes, Renault n’est pas dans le besoin ! Ses dirigeants affichent des liquidités d’une dizaine de milliards, auxquelles s’ajoutent une ligne de crédits non encore utilisés et le récent prêt de 5 milliards garanti par l’État. D’ailleurs, après avoir baissé pendant quelques jours, l’action Renault est rapidement repartie à la hausse.

Le plan triennal de deux milliards d’économies – dont 600 millions en 2020 – n’est pas lié à la conjoncture puisqu’il a été annoncé en mars. Il prévoit la fermeture de plusieurs usines et la suppression de 15 000 emplois dans le monde, dont 4600 en France. Ce ne serait pas la première fois qu’un des constructeurs automobiles noircit le tableau afin d’obtenir une aide importante de l’État. Celle-ci ne leur fait d’ailleurs pas défaut : la prise en charge du chômage partiel ainsi que les bonus et autres primes à la conversion ont motivé la satisfaction de leur porte-parole, le président de la Plateforme automobile.

Dans la logique de ce système, les vies de milliers de familles ouvrières ne comptent pas en regard de la profitabilité à deux chiffres des capitaux investis. Et surtout, il n’est nulle part question des 24 milliards de profits accumulés auparavant, dix ans durant, sous forme de dividendes par les gros actionnaires et de stock-options par les dirigeants du groupe.

C’est pourtant là qu’il faudra prendre de quoi maintenir les usines, les emplois et les salaires !

Viviane LAFONT