Soignants : au front sans armes

10 Juin 2020

Il est question de mettre les soignants à l’honneur le 14 Juillet et de leur donner des médailles. Tout cela sent la propagande d’un autre âge. Mais il est un fait indéniable, c’est que bon nombre de soignants sont tombés malades.

Selon l’OMS, une personne sur treize infectées par le Covid-19 fait partie du personnel soignant. La CGT pour sa part affirme que les professionnels de santé sont en moyenne six fois plus atteints que la population générale. Le gouvernement se garde bien de publier le moindre chiffre sur le sujet. Car l’ampleur de l’épidémie parmi les soignants n’est pas simplement due aux risques normaux acceptés par ceux-ci pour secourir les victimes de la maladie. Le manque de matériel de protection est une cause évidente de contamination et même de surmortalité parmi les soignants.

Début mars, le gouvernement a diffusé l’idée que les masques chirurgicaux suffisaient pour se protéger et que les masques FFP2, plus efficaces, seraient réservés seulement pour les situations à haut risque. En fait, il tentait ainsi de justifier la pénurie catastrophique de ces masques FFP2. Au plus fort de l’épidémie, il en manquait même dans les hôpitaux auxquels ils étaient prétendument réservés. Les médecins généralistes, les soignants des Ehpad, les aides à domicile n’en ont pas eu et ont eu le plus grand mal à se procurer même des masques chirurgicaux.

Les médecins de ville payent un lourd tribut, d’autant plus que beaucoup de médecins de plus de 60 ans exercent encore et sont donc à risque, susceptibles de développer une forme grave de la maladie. Certains ont continué à soigner sans protection parce qu’ils ne se voyaient pas abandonner leurs patients. Une trentaine en seraient morts. Il n’existe pas de bilan précis pour les autres catégories de soignants, mais le dévouement et le courage n’ont clairement pas été le seul fait des médecins.

Pour reprendre l’analogie de Macron, si cette épidémie était une guerre, les responsables politiques ont bien laissé les soignants « au front sans armes », comme l’affirmaient des banderoles accrochées devant certains hôpitaux.

Jean POLLUS