Turquie : Erdogan et le virus

15 Avril 2020

En Turquie, le premier mort par Covid-19 a été annoncé le 15 mars. Dès cette date le confinement a été décrété, mais uniquement pour l’enseignement, pour les plus de 65 ans, puis deux semaines après pour les moins de 20 ans (sauf pour ceux qui travaillent) avec interdiction totale de sortir.

Depuis cette date il y a eu 1 200 morts et 57 000 personnes infectées dans le pays. L’opposition a reproché au gouvernement de ne pas étendre le confinement à la majorité de la population comme en Italie ou en France, des critiques qui commençaient à avoir un écho dans la population. En réaction Erdogan et ses proches ont annoncé le vendredi 10 avril à 22 heures un confinement total de 48 heures, donc pour le week-end de minuit à minuit dans 31 grandes villes, sans cependant en avertir les municipalités concernées. Les deux courtes heures le permettant ont vu alors une ruée incroyable vers les commerces : des conditions idéales pour la propagation du virus !

Dès le lendemain samedi de fortes réactions se sont fait sentir. Le gouvernement n’ayant aucune explication valable, le ministre de l’Intérieur a dû porter le chapeau et annoncer sa démission. Pourtant le Premier ministre avait indiqué précédemment que le confinement avait été mis en place dans le cadre des « instructions de notre président ».

Au final Erdogan a refusé cette démission. En fait, depuis le début de l’arrivée du virus en Turquie, la guerre entre Erdogan et l’opposition passe avant la guerre contre l’épidémie. La majorité de la population continue à travailler et les petits commerces n’ont pas d’injonction de fermer, mais une bonne partie se trouvent en difficulté. C’est l’occasion qu’a saisie le gouvernement pour lancer un appel à les soutenir financièrement. Mais lorsque l’opposition, à travers les municipalités, a lancé une campagne du même genre, le gouvernement a interdit cette campagne et de plus a bloqué tous les comptes bancaires concernés.

Quand Erdogan se sent menacé, sa priorité est son maintien au pouvoir et le combat contre le virus passe après...

Julien SILVA