Hôpitaux de Paris : de la débrouille à la colère15/04/20202020Journal/medias/journalarticle/images/2020/04/P6_halte_aux_cadences_infernales_ok_Lupo.jpg.420x236_q85_box-0%2C75%2C800%2C525_crop_detail.jpg

La société en crise

Hôpitaux de Paris : de la débrouille à la colère

« Eh bien, on s’adapte au jour le jour. Dans mon équipe, il y a un tiers des personnes atteintes. On fait appel à du renfort d’aides-soignants d’autres services… Ça devient long et pénible. L’avantage est que nous avons énormément de dons extérieurs (chocolats, gâteaux, plateaux-repas de grandes maisons…) J’ai retiré tous mes repos pour être au plus près des équipes. » Ces mots d’une hospitalière expriment bien mieux la réalité que le discours de Macron à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Illustration - de la débrouille à la colère

En effet, la solidarité vient d’en bas. Face aux manques de moyens et de protections dans les hôpitaux, on voit se développer au sein de la population de nombreux gestes de solidarité. Bricolage, couture en tout genre pour confectionner des masques, des surblouses ; don de ventilateurs, bouteilles d’eau fraîche…

Tout cela, l’État aurait pu l’organiser à une autre échelle, en réquisitionnant des entreprises pour confectionner le matériel nécessaire avec les normes en vigueur. Une preuve de plus qu’il n’est pas au service de la collectivité comme il le prétend.

D’ailleurs, le discours officiel ne change pas. Il n’est toujours pas question d’embaucher dans les services publics. « Nous pouvons penser que nous allons entrer dans une nouvelle phase où il sera utile de mobiliser un grand nombre de volontaires », s’est épanché le directeur de l’AP-HP Martin Hirsch. Il parle de bénévoles alors que des millions de chômeurs ne demandent qu’à travailler. « À l’hôpital y a trop de travail, à l’extérieur y a trop de chômeurs, embauchez, embauchez les chômeurs », est un slogan qu’il serait temps de remettre à l’ordre du jour.

C’est d’autant plus vrai qu’en ce moment les patients Covid+ hospitalisés hors réanimation sont un peu moins nombreux. À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, certaines salles redeviennent Covid-, se vident petit à petit ou se libèrent pour d’autres pathologies.

Pour l’instant les effectifs sont maintenus, si ce n’est que de plus en plus de missions d’intérimaires sont annulées. Or là est tout le problème : le personnel veut garder les effectifs du Covid+, car c’est ce qu’il faudrait toute l’année.

Ce besoin s’exprime de plus en plus et il n’y a pas que l’amertume et le constat. La colère aussi se manifeste. Ainsi malgré l’interdiction des rassemblements des hospitaliers se sont fait entendre comme à Saint-Antoine, à Raymond-Poincaré, au Kremlin-Bicêtre. À Tourcoing, les soignants ont formé une chaîne de protestation et, comme l’a dit l’un d’eux, ils sont fiers « de protester, de ne pas courber la tête, c’est essentiel et c’est vital ».

Pour la Journée mondiale de la santé le 12 avril, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs pays. À Athènes, les manifestants, visages couverts de masques, brandissaient des pancartes réclamant des embauches, des tests de dépistage et du matériel hospitalier. À Tlemcen, en Algérie, des jeunes soignants demandant des blouses, des masques, du gel hydroalcoolique manifestaient en brandissant leur « couette » qu’ils transportent partout car ils n’ont pas de lieu où dormir.

La santé de la population laborieuse n’est pas une priorité pour les gouvernements. Le virus de la recherche du profit passe les frontières plus facilement que celui du Covid.

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