Pandémie : les frontières et leurs grands prêtres

15 Avril 2020

Comme un acide, la pandémie révèle ce qui est inefficace, pourri, dépassé dans l’organisation sociale. Elle ronge de façon particulièrement cruelle les discours automatiques et mille fois répétés des dirigeants politiques.

Quelle que soit l’occasion, l’heure et le lieu, ces dirigeants en appellent systématiquement à l’âme nationale, au génie de « leur » peuple, à son courage et à son histoire, discours stéréotypés dans lesquels il n’y a, précisément à changer que l’épithète nationale. Et chacun naturellement, de Trump à Macron, de Johnson à Netanyahou de promettre que les frontières resteront hermétiquement closes pour préserver le peuple élu, chacun le sien, du virus et des périls venant de l’étranger.

Ces discours ne sont pas seulement ridicules à l’heure où le virus est présent sur la planète entière, à l’intérieur comme à l’extérieur de frontières bien incapables de l’arrêter. Ils sont de plus stupides car de Paris à New York, les hôpitaux publics sont peuplés de médecins étrangers, de soignants immigrés et d’agents d’entretien venus du bout du monde, parfois même sans papiers. Ainsi, le Premier ministre britannique, démagogue nationaliste de profession, dit devoir la vie à un infirmier portugais. En Israël, les citoyens arabes, cibles des attaques politiques du gouvernement, représentent un tiers des médecins et une proportion encore plus grande des soignants des hôpitaux publics. Dans les équipes qui font fonctionner les hôpitaux, en France ou ailleurs, qui, si ce n’est des politiciens attardés, demande à voir les cartes d’identité ? La diversité des origines est aussi la règle parmi les travailleurs qui effectuent les tâches indispensables, d’ordinaire invisibles, aujourd’hui félicités, hier en butte aux campagnes xénophobes.

De même que le virus ne connaît qu’une seule espèce humaine, ceux qui le combattent forment une seule classe travailleuse à l’échelle de la planète. Dans cette lutte les appels incongrus aux prétendues caractéristiques nationales remplacent ou s’ajoutent aux incantations religieuses sorties du fond des âges, transe chamanique, flagellants du temps de la peste, pardon bigouden, bénédiction urbi et orbi. Encore les anciens y avaient-ils recours en l’absence de connaissances scientifiques permettant de connaître la réalité.

Paul GALOIS