Libye : pas de “trêve coronavirus”

15 Avril 2020

L’apparition du coronavirus n’a pas ralenti la guerre en Libye. À Tripoli, assiégé depuis un an, la population se débat entre les bombes et le manque d’eau.

Le 21 mars, une trêve dite « coronavirus » avait été acceptée par les deux armées qui s’affrontent. Elle n’a pas été plus respectée que les précédentes, les deux parties se rejetant la responsabilité de l’avoir rompue. Les troupes du général Haftar, soutenues par l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, et plus discrètement par la France, accusent des militaires turcs, alliés au gouvernement de Fayez el-Saraj, assiégé dans la capitale, d’être à l’origine de la reprise des combats.

La population de la ville, déjà soumise aux bombardements aériens et aux tirs d’artillerie ou de missiles, doit désormais faire face à un nouveau fléau. L’eau est coupée et les habitants essaient comme ils peuvent de se débrouiller pour en trouver, pendant le bref intervalle de temps que leur laisse le couvre-feu instauré de 14 heures à 7 heures du matin. À l’origine de ce désastre, on trouve une tribu alliée de Haftar qui a fermé un réservoir d’eau pour obtenir la libération de ses miliciens emprisonnés. Dans ces conditions, les mesures contre le coronavirus, qui touche désormais le pays, sont totalement inapplicables pour deux millions d’habitants.

La situation est tout aussi dramatique pour les migrants qui ont échoué à traverser la Méditerranée et ont été ramenés dans les camps des milices libyennes. C’était le cas d’un millier d’hommes, de femmes et d’enfants au mois de janvier. La crainte d’un développement fulgurant de l’épidémie dans leurs rangs s’ajoute maintenant à la privation de liberté, aux tortures et au racket dont ils étaient déjà victimes

Les pays impérialistes, et la France en premier lieu, sont responsables du drame qui se déroule aujourd’hui en Libye. Ce sont eux qui ont complètement déstabilisé le pays par leur intervention militaire en 2011. Ils ont ensuite contribué à le précipiter dans une guerre sans fin, attisant les rivalités régionales, armant les protagonistes et se rangeant dans un camp ou dans l’autre suivant les bénéfices qu’ils espéraient en tirer sur le plan pétrolier.

En s’abattant sur des populations affaiblies par la guerre ou les migrations, le coronavirus pourrait faire des ravages. Ce sont les grandes puissances qui portent la responsabilité de cette situation.

D. M.