Les vœux du Medef : “Retroussez-vous les manches !”

15 Avril 2020

« La reprise c’est maintenant ! J’appelle tous les entrepreneurs qui le peuvent à reprendre dès maintenant leur activité », a déclaré le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, dans un entretien au journal Le Figaro le 11 avril.

À quelques jours de l’annonce prévisible de la prolongation du confinement, cela constituait déjà une provocation destinée à faire pression sur le gouvernement. Mais Roux de Bézieux ne s’en est pas tenu là, ajoutant : « Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire. » Sans surprise, le grand patronat entend profiter de la situation créée par l’épidémie pour faire accepter des sacrifices aux travailleurs.

Le gouvernement a répercuté aussitôt. « Il faudra probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant », afin de « rattraper » les pertes causées par la crise sanitaire, a déclaré la secrétaire d’État à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher. « Il faudra mettre les bouchées doubles pour créer de la richesse collective », a-t-elle même insisté.

Dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement a permis aux employeurs d’imposer aux salariés de prendre sur leurs congés ou leurs RTT, d’allonger jusqu’à 60 heures les horaires hebdomadaires de travail, alors qu’il y a des millions de chômeurs. Mais cela ne suffit pas au patronat qui veut préparer les esprits aux sacrifices à venir. Alors que l’épidémie continue de provoquer des centaines de morts chaque jour, cette prise de position a choqué. Même le dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, l’a qualifiée d’ indécente. Au point que quelques jours plus tard, Roux de Bézieux s’est rétracté, prétendant n’avoir pas voulu dire ça !

Pour les capitalistes, il est normal que les travailleurs paient pour relancer la production perdue et récupérer le profit envolé. Pourtant, le travail de millions d’ouvriers et d’employés a créé des richesses énormes, à l’origine de la fortune accumulée par une minorité de riches bourgeois. En prenant sur ces fortunes, il serait possible de compenser l’arrêt de l’activité causé par l’épidémie, de payer les travailleurs et d’embaucher le personnel nécessaire plutôt que d’augmenter le temps de travail. Mais cela, il faudra que les travailleurs l’imposent.

Aline RETESSE