Intervention de l’État : aider les puissants, lâcher les faibles

15 Avril 2020

Au fur et à mesure que les conséquences économiques de la crise sanitaire s’aggravent, gouvernements et banques centrales rallongent leurs plans de soutien. Les ministres Darmanin et Le Maire ont fait passer de 45 à 100 milliards d’euros leur plan d’urgence. Le 9 avril, la Réserve fédérale américaine a porté le sien à 2300 milliards de dollars.

Déclenchée par l’arrêt brutal de la production et le confinement des deux tiers de la planète, la crise actuelle, comme toutes les précédentes, va être une occasion pour les gros de manger les petits, permettant au capital de se concentrer davantage, accélérant la disparition des entreprises les moins rentables et les moins productives.

L’intervention des États ne vise ni à aider les petites entreprises menacées par l’arrêt du commerce et des affaires, ni à empêcher les faillites en général.

Les ministres ne s’en cachent même pas. Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État au commerce, déclarait le 9 avril sur BFM : « L’enjeu est de soutenir les entreprises qui ont un avenir, pas celles qui, pour des raisons de gestion interne, ne fonctionnaient plus avant l’épidémie. »

Comme pour l’illustrer, la BPI, Banque publique d’investissement, vient de refuser un prêt de 12 millions aux chaussures André, rachetées en 2018 au groupe Vivarte par Spartoo. Elles ont dû déposer le bilan le 31 mars, jetant 600 travailleurs au chômage. La faillite d’André en préfigure des centaines d’autres.

Interrogé par Les Échos, Bruno Le Maire s’est par contre engagé à « soutenir une vingtaine d’entreprises […] sous forme de prêts, de montée au capital ou de nationalisation », comme Air France KLM dont les avions sont cloués au sol ou encore les constructeurs automobiles PSA ou Renault, déjà massivement soutenus en 2008, dont les usines sont à l’arrêt. Les nationalisations ou les « montées au capital » envisagées par Le Maire ne sont destinées à sauver ni des emplois ni des productions utiles socialement, mais à éviter l’effondrement des actions de grandes sociétés et leur rachat à bon compte par des concurrents hostiles.

Cette politique n’est pas une question de personnalités au gouvernement. Ceux qui espèrent une intervention de l’État pour « relocaliser les productions » ou « réguler les marchés financiers » ne peuvent qu’aller de déception en déception. Dans quelque pays que ce soit, quels que soient les partis au pouvoir, l’État est un instrument au service des bourgeois les plus puissants et les plus influents et non au service de la population. Pour empêcher que les classes populaires paient les conséquences de la crise, il faut enlever le pouvoir à cette bourgeoisie.

Xavier LACHAU