Enseignement : les enfants à l’école, les parents au travail

15 Avril 2020

Dans son allocution du 13 avril, Macron a finalement annoncé la reprise progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées à partir du 11 mai.

Le président a présenté sa décision comme une mesure d’égalité, soudain soucieux de l’avenir des enfants des quartiers populaires et des campagnes privés d’outils numériques. Touchante découverte après un mois de confinement laissant les parents livrés à eux-mêmes malgré le dévouement des enseignants, et alors que le ministre de l’Éducation nationale expliquait que tout avait été parfaitement préparé.

Pour bien des parents, et même certains enfants, l’annonce de la reprise des cours a pu susciter un soulagement. Le confinement rend encore plus difficile la vie et l’apprentissage scolaire dans les appartements des quartiers populaires, quand bien souvent il y a au plus un ordinateur à se partager pour toute la famille. Bien des parents expriment en même temps leurs inquiétudes et hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école devant les risques de contamination.

Que peut signifier la promesse de Macron de « bien protéger » les enseignants et les enfants dans des établissements qui regroupent 800, parfois plus de 1 000 élèves ? Quels peuvent être les gestes barrière alors que les élèves se massent dans les couloirs, dans la queue à la cantine, et qu’il n’y a à disposition déjà en tant normal que deux ou trois points d’eau, et encore, sans savon ? Quelle distanciation dans les cars de ramassage scolaire ou dans des salles de classe où s’entassent désormais plus de 35 élèves en lycée ? Même si les enfants ne développent qu’exceptionnellement des symptômes, comment s’assurer qu’ils ne contamineront pas ensuite leur famille, sans oublier le million de salariés de l’Éducation nationale soumis à des risques accrus ?

Pour tenter de rassurer, le ministre de l’Éducation nationale a évoqué des rentrées décalées et la mise en place de petits groupes à l’image de ce qui se fait à l’heure actuelle pour les enfants du personnel soignant. Mais avec quels moyens matériels et humains, qui manquent déjà cruellement en temps normal ? Et qu’en est-il des projets du gouvernement, qui après avoir supprimé 2 600 postes dans les lycées et les collèges en 2019, en prévoit encore 820 de moins à la rentrée prochaine dans le secondaire, malgré 28 000 élèves supplémentaires ?

Même progressive, la reprise des cours le 11 mai prochain reste largement hypothétique, et surtout lourde de dangers.

La décision du gouvernement signifie concrètement prendre le risque d’un nouveau pic épidémique. Pas pour préserver l’avenir des enfants, mais pour contraindre les parents à retourner au travail.

Gilles BOTI