Russie : à l’heure du coronavirus

25 Mars 2020

Alors que depuis des mois les autorités russes se targuaient d’avoir pris toutes les mesures pour écarter le covid-19 du pays, le 19 mars elles décrétaient subitement « l’état d’alerte élevée ».

Le même jour, elles reconnaissaient un « premier » décès dû au coronavirus. Ou plutôt dû à une « pneumonie grave », sans plus de précision, le régime ayant enjoint, par une directive expresse non publique, aux médecins et hôpitaux de ne pas employer une autre expression. Dans le même souci de minorer la catastrophe sanitaire, du 19 au 23 mars, on était officiellement passé de 253 à 367 cas enregistrés, une sinistre plaisanterie quand on sait, par exemple, que la Russie a plus de 1 000 kilomètres de frontière terrestre avec la Chine, premier foyer de l’épidémie.

Or, si le gouvernement russe a, fin janvier, fermé cette frontière, celle-ci n’est souvent matérialisée par rien et est franchie chaque jour à pied par de nombreux Russes et Chinois. C’est ainsi depuis longtemps et avec d’autant moins de problèmes que, dans l’Extrême-Orient russe, les entreprises qui manquent de main-d’œuvre font largement appel à une foule de migrants. Et il est peu probable que dans ce domaine, comme dans tous les autres, les décisions de la bureaucratie ne puissent être tournées par des pots-de-vin.

Quant aux hôpitaux, ils sont victimes du démantèlement du système de santé publique soviétique et, depuis des années, d’une politique d’économies criminelles : fermetures d’établissements, suppression de nombreux postes de médecins, d’infirmières, non versement depuis des mois des salaires des personnels d’urgence dans diverses grandes villes, etc. Cela a d’ailleurs entraîné de nombreuses manifestations et grèves ces dernières années. De notoriété publique, les hôpitaux sont incapables de faire face même aux besoins courants. Alors, affronter une telle pandémie…

En attendant que celle-ci frappe d’une façon qu’on ne puisse plus cacher, le Kremlin, vieille habitude, flatte le nationalisme d’une fraction de la population. Ainsi il a envoyé en Italie – ce qu’ont relayé toutes les chaines de télévision – un Antonov chargé de matériel médical. Poutine, ainsi promu sauveur de l’Italie, en plus de la Russie, de la Crimée, de la Syrie et de quelques autres, voudrait impressionner mais aussi faire diversion.

Pour « raison sanitaire », la Russie est désormais bouclée pour les étrangers jusqu’au 1er mai. Les écoles et les universités sont fermées à Moscou, dans d’autres villes aussi. Les événements sportifs et collectifs sont reportés ou annulés. Les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits et cela tombe bien pour le régime.

C’est donc pour leur « santé » que les flics du régime embarqueront et frapperont ceux qui ont prévu de manifester contre le référendum-plébiscitaire du candidat à la présidence à vie, encore prévu pour le 22 avril.

Pierre LAFFITTE