Pénurie de masques : des économies criminelles

25 Mars 2020

Le personnel des hôpitaux et des Ehpad, les médecins de ville, les aides à domicile, et tous les salariés qui continuent à travailler en contact avec le public, comme les employés du nettoyage ou les caissières de supermarchés, dénoncent le manque de masques pour se protéger et protéger les autres de la contagion.

Interpellé à l’Assemblée nationale le 19 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a expliqué : « Il avait été décidé, suite aux crises sanitaires précédentes je remonte pour cela à 2011 et 2013 qu’il n’y avait plus lieu de conserver des stocks massifs de masques dans le territoire. » Autrement dit, c’est la faute de mes prédécesseurs !

Mis en cause, Xavier Bertrand, ministre de la Santé sous Sarkozy jusqu’en 2012, a répondu en déclarant : « La doctrine sur les stocks a changé en 2013 ». Selon lui, c’est le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault qui aurait décidé alors de ne pas renouveler les stocks d’État, soit à l’époque 1,4 milliard de masques, partagés entre masques FFP2, plus protecteurs face aux maladies respiratoires, et masques chirurgicaux. Ces stocks ayant été jugés trop coûteux, l’État s’est déchargé de cette responsabilité, ainsi que de la dépense qu’elle entraîne, sur les employeurs, publics ou privés. Mais loin de donner aux hôpitaux les moyens de constituer des stocks, les budgets publics ont continué à diminuer.

Tous ceux qui ont été ministres de la Santé ces dernières années peuvent d’autant plus facilement se renvoyer la balle qu’ils ont tous mené la même politique, guidée par la même volonté de réaliser des économies budgétaires au détriment du système de soins.

Le gouvernement actuel a continué à organiser la pénurie budgétaire à l’hôpital, en faisant la sourde oreille face aux mobilisations des personnels hospitaliers depuis plus d’un an. Et depuis que l’arrivée de l’épidémie est prévisible, il n’a rien organisé pour fournir le matériel de protection nécessaire.

Si quelques entreprises ont offert leurs stocks de masques à des hôpitaux ou des médecins de leur région, d’autres continuent à les utiliser pour des activités qui n’ont rien de vital, alors que les personnels de santé en manquent. En laissant les capitalistes libres de décider, on est sûr que la santé sera sacrifiée à la logique du profit.

Hélène COMTE