Nationalisations : la bouée de sauvetage des profits

25 Mars 2020

D’une seule voix, le président de la République et celui du Medef, l’organisation patronale, les ministres et les économistes de tout poil envisagent de nationaliser les « fleurons » des entreprises françaises pour, disent-ils, les sauver de la faillite.

Les mêmes qui n’avaient de cesse de privatiser tout ce qui leur semble rentable, du Loto à la dette des hôpitaux, des cantines scolaires aux arsenaux maritimes, proposent désormais que l’État prenne le contrôle financier provisoire des grands groupes privés qui le demanderaient. Ces groupes qui ont vu le cours de leurs actions s’effondrer seraient des proies faciles pour des prédateurs financiers, voire risqueraient la faillite pure et simple. Personne, et surtout pas les premiers intéressés, n’envisage que ce soit les actionnaires qui volent au secours de leurs vaches à lait. L’argent ne circule que dans un seul sens, des entreprises vers les coffres des familles bourgeoises. Ce serait donc à l’État de les sauver.

Si certains groupes comme PSA et Renault ne demandent pour l’instant que des aides financières, d’autres envisagent que la puissance publique intervienne dans leurs affaires, voire en prenne le contrôle si besoin. Il s’agit au moins de sauver les profits futurs, quitte à dire vivent les nationalisations !

En revanche lorsqu’il s’agit de défendre la population contre l’épidémie, nul ne propose d’empiéter sur le droit de propriété. Il n’est envisagé aucune nationalisation, ne serait-ce que temporaire, des cliniques privées, des laboratoires pharmaceutiques et de tout ce qui devrait être l’arsenal de la lutte anticoronavirus.

Il n’est pas question non plus de centraliser, et de donc de nationaliser, la production, le conditionnement, l’acheminement et la distribution de nourriture et de denrées de première nécessité. Tout cela est laissé à l’initiative privée, donc en fonction du profit escompté.

Ainsi le gouvernement est prêt à nationaliser Air France pour sauver les actionnaires de la filière. Mais il n’a même pas songé à réquisitionner et à contraindre les quelques entreprises qui auraient pu, il y a deux mois, fabriquer les masques et le gel en quantité suffisante.

Cela ne révèle pas son incompétence, comme le disent ses concurrents politiques, mais ses choix sociaux et celui de l’État tout entier.

Paul GALOIS