La santé des travailleurs ne doit pas se jouer à la roulette russe !

25 Mars 2020

Avec le sinistre décompte du nombre de décès et de malades, chacun d’entre nous mesure la gravité de cette épidémie et l’enjeu à respecter les mesures de confinement pour se protéger et protéger les autres.

Cela nécessite des sacrifices, surtout pour les familles ouvrières. Mais le pire est de voir toutes ces précautions anéanties parce que patronat et gouvernement veulent que les affaires continuent.

Le week-end, les travailleurs sont sommés de se cloîtrer, ils sont regardés de travers quand ils se permettent de faire le tour du pâté de maisons avec leurs enfants. Et le lundi, ils doivent prendre les transports, franchir à plusieurs centaines les mêmes tourniquets et se confiner à 50, 100, 200 dans un atelier où ils se partageront les outils, les uns à côté des autres à Airbus, Amazon, La Redoute…

Le gouvernement met en danger la vie de millions d’ouvriers, d’employés, de techniciens et prend le risque d’affaiblir l’efficacité du confinement général. Pourquoi ? Uniquement pour assurer la continuité des profits de la bourgeoisie !

Parce que ce n’est pas en fabriquant des hélicoptères de combat, des paquebots de croisière ou du rouge à lèvres que nous allons combattre le virus ! Pénicaud a poussé les capitalistes du BTP à redémarrer. Si c’était pour lancer la construction d’hôpitaux de campagne, comme la Chine a su le faire, on comprendrait, mais ce n’est pas le cas !

Faire tourner les entreprises à l’heure où le personnel de santé supplie que nous respections un confinement strict est une décision criminelle. Et cela n’a rien d’inconscient, c’est volontaire et réfléchi : c’est un choix de classe. Depuis le début de l’épidémie, chaque décision gouvernementale est pesée, calculée en fonction des intérêts des capitalistes. Quant à la vie des travailleurs, elle ne compte que pour suer des profits !

Alors, il n’y a pas « d’union nationale » qui tienne ! Il faut que les travailleurs se défendent et refusent de servir plus longtemps de chair à profits pendant que les dirigeants et les actionnaires sont planqués à l’arrière. Il faut obtenir, collectivement, l’arrêt immédiat des entreprises non indispensables à la lutte contre l’épidémie et à la vie sociale.

Et il faut que tous les moyens possibles soient mis à la disposition de la lutte sanitaire. Nous payons aujourd’hui les fermetures d’hôpitaux, les suppressions de lits et de personnel de ces dernières décennies. Autour de 2011, le ministère de la Santé a décidé d’abandonner le stockage de masques pour économiser 60 malheureux millions d’euros par an. On mesure combien toutes ces économies sont criminelles. Tout cela ne se rattrapera pas.

Mais cela fait plus de deux mois que l’on voit arriver la catastrophe et alors que Macron a mobilisé tout le pays pour mener la guerre sanitaire, les troupes médicales continuent de manquer de masques et de tests ! Les aides à domicile soignent des personnes à risques sans même savoir si elles ne sont pas elles-mêmes porteuses du virus. Que doivent-elles faire ? Croiser les doigts pour ne pas répandre l’épidémie ? Alors oui, le personnel de santé a courageusement répondu à l’appel. Mais il est envoyé au front dans des conditions révoltantes et le paye déjà par plusieurs morts.

Quant à la santé des caissières, des éboueurs, des électriciens, des camionneurs, des conducteurs de bus, des postiers… appelés à assurer les activités essentielles, le gouvernement s’en est moqué jusqu’à ce que les protestations et les droits de retrait se multiplient. Maintenant, il propose à leur employeur de leur verser une prime de 1 000 euros. Pour acheter leur santé et celle de leur famille ? C’est grossier !

Les travailleurs qui œuvrent dans les domaines vitaux font la démonstration de leur conscience collective. Mais ils n’ont pas à accepter de jouer à la roulette russe avec leur vie. À l’Assemblée nationale, les micros sont nettoyés après chaque intervenant par les huissiers… eh bien les petites mains indispensables à la vie sociale n’ont pas à être traitées moins bien que les députés et les sénateurs !

Et ceux qui ne travaillent pas n’ont pas à payer le confinement avec leurs journées de congés payés ou de RTT, comme le gouvernement veut le rendre possible avec l’état d’urgence sanitaire.

Cette crise sanitaire est un miroir grossissant des inégalités et du mépris de classe de notre société. Elle jette une lumière crue sur l’incurie de nos gouvernants et sur l’irresponsabilité de notre organisation sociale. Eh bien, faisons aussi en sorte qu’elle soit un électrochoc et qu’elle nourrisse la révolte contre cet ordre social conçu pour que quelques-uns s’enrichissent avec la peau de la grande majorité !

Bulletins d’entreprise du 23 mars 2020