Hôpitaux de Paris : les digues vont-elles tenir ?

25 Mars 2020

Tous les hôpitaux de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) se transforment en prévision du déferlement des malades du Covid-19. Jusqu’en début de semaine, la situation n’avait pas le niveau de gravité atteint dans l’Est ou l’Oise. Mais le personnel vit dans l’appréhension de l’arrivée du pic de l’épidémie.

Une grande partie des soignantes de consultation sont déplacées en salle. Certaines sont transférées pour l’instant dans un service qui n’est pas dédié au Covid-19. À l’hôpital Saint-Antoine, elles sont déplacées, non seulement pour aller en service dédié, mais aussi en psychiatrie ou en pneumologie. Sous couvert de préparer l’arrivée du virus, l’administration utilise le personnel comme bouche-trou, seulement un peu plus qu’auparavant.

Le personnel a aussi le renfort d’élèves en stage qui font fonction d’aides-soignantes.

La situation évolue rapidement : à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans les services infectieux et en pneumologie, elle était très dure, et dans les services voisins, qui ont beaucoup diminué leur activité, elle restait tranquille, au moment où nous écrivons. Mais partout régnait l’inquiétude que cette situation se dégrade rapidement.

Le personnel est rapidement formé à mettre l’équipement. À Saint-Antoine, dans certains services, quand il demande à être formé sur les respirateurs, il arrive que certains cadres supérieurs répondent : « Ce n’est pas nécessaire, il y aura assez de respirateurs dans les réanimations d’autres hôpitaux » !

Après avoir fermé des lits partout, l’AP-HP ne sait plus où en trouver pour accueillir les malades Covid-19. On enrage de penser à ce qui serait arrivé si elle était parvenue à fermer Bichat et Beaujon, son projet depuis des années. Dans ces hôpitaux aujourd’hui, elle est à l’affût de la moindre unité disponible. Seuls certains services n’ayant pas une aération correcte ne sont pas transformés.

Pour le moment, l’AP-HP compte encore plus de lits disponibles que de malades infectés. Les premiers jours de la semaine ont été occupés par les déménagements de services, parfois dans une grande confusion. À la Salpêtrière, cela se remplit déjà très vite. Les médecins font déjà des salles pour « personnes âgées pas réanimables » et des salles pour « plus jeunes ». Ça dit l’ambiance !

De plus, bien sûr, le report de nombreuses hospitalisations et opérations posera un problème, lorsqu’au fil des jours elles deviendront urgentes.

Tout est calculé au plus juste. Dans les services dédiés au Covid-19, les masques et le gel ne manquent pas. Mais partout ailleurs, le personnel n’a droit en général qu’à deux masques par jour. Tant pis si l’horaire est de dix heures, alors qu’un masque n’est efficace que durant quatre heures.

Cette dotation minimum ne va pas toujours sans contestation. À Beaujon, la surveillante d’un service (non dédié au Covid-19) refusait d’attribuer des masques, appuyée par l’infirmière hygiéniste. Il a fallu que les syndicats envoient un mail à la direction, tandis que le personnel invoquait son droit de retrait, pour que les soignants obtiennent les masques. À Saint-Antoine, c’était même un masque par jour.

De nombreux soignants, personnel non médical comme personnel médical, sont déjà infectés par le coronavirus. Qu’est-ce que cela sera lorsque le pic de l’épidémie sera atteint ?

On peut être sûr que cet épisode de crise sanitaire ne s’effacera pas des mémoires lorsqu’il sera surmonté. D’ores et déjà, les travailleurs du secteur ont une lourde addition à présenter au gouvernement et aux financiers responsables de l’état précaire du service public hospitalier. Qu’ils craignent leur colère !

Correspondant LO