Hôpital de La Croix-Rousse Lyon : au front et à poil !

25 Mars 2020

Le 24 mars, la vague de l’épidémie n’était pas arrivée à Lyon mais la quasi-totalité de l’hôpital de la Croix-Rousse avait été progressivement dédiée au coronavirus.

La transformation s’est faite dans l’improvisation et sans moyens suffisants. Les formations sur les équipements de protection ont commencé le 12 mars alors que l’hôpital reçoit des patients infectés depuis la mi-février. Les recommandations sur le port des masques ne sont pas les mêmes selon le service et la profession, comme si le virus infectait différemment selon le métier ! Ces équipements essentiels à la sécurité du personnel sont limités, parfois même en rupture, ce qui fait dire à certains : « On a l’impression que les recommandations évoluent en fonction de la pénurie de matériel .»

On manque de masques, de cagoules, de gants, de produits de nettoyage et on parle même de rupture de stock de paracétamol. Le personnel du Centre hospitalier de Grenoble a reçu de sa direction une fiche d’instruction pour réa­liser soi-même son masque en tissu.

Dans certains services, il a été demandé de porter un masque par jour et par personne, ce qui veut dire qu’il ne faudrait ni boire ni manger pendant huit heures ! « Vous êtes capables de rester sans boire le temps du travail » a même précisé la direction.

Mi mars, un médecin des maladies infectieuses a dit que ce serait « de la médecine de guerre ». C’est en tout cas de la médecine de restriction budgétaire. Une collègue a résumé le sentiment général en disant : « On va au front et on est à poil ! »

Ces manques d’effectif et de matériel sont criminels et tuent déjà en temps normal et le coronavirus ne fait qu’aggraver une situation déjà catastrophique. Le manque d’effectifs dénoncé depuis un an est criant mais la direction ne veut pas plus embaucher. À l’école d’infirmières des Hospices civils de Lyon (HCL), les responsables refusent de réquisitionner les élèves pour ne pas avoir à les rémunérer. Alors ils préfèrent les faire travailler en tant qu’aides-soignantes sous prétexte de stage, donc comme main-d’œuvre gratuite. À l’inverse, les cadres demandent à certains hospitaliers, dont les tâches sont réduites, de poser leurs congés maintenant. Comme si l’hôpital ne manquait pas de bras, on impose aux hospitaliers de passer leurs vacances cloîtrés chez eux !

Faute de satisfaire les demandes du personnel, la direction essaie de le faire taire. Le 12 mars, elle a interdit un rassemblement programmé dans l’hôpital par le collectif Croix-Rousse En Colère, prétextant l’épidémie de Covid-19. Pour l’instant, les problèmes liés à la lutte contre l’épidémie prennent le dessus, mais la colère s’est renforcée. Tous ont vu l’avalanche de milliards déboursés pour les entreprises et disent au sujet de Macron que « son sourire ne suffira pas ». Une infirmière disait sur un réseau social : « l’État payera = vos impôts payeront ». Beaucoup attendent la fin de l’épidémie pour régler leurs comptes avec la direction et le gouvernement !

Correspondant LO