Guadeloupe et Martinique : des réactions de colère

25 Mars 2020

La Guadeloupe comptait au 24 mars 62 cas de coronavirus hospitalisés, la Martinique 57. Mais il y a certainement beaucoup plus de cas, non dépistés.

La population est confinée, sauf des nombreux travailleurs dits « essentiels » et qui doivent rester en première ligne au risque de leur vie, en fait pour les profits capitalistes

Les retours de croisières, très prisées depuis quelques années par les Antillais et les touristes du monde entier, ont réellement augmenté le nombre de cas.

Lundi 23 mars, en Guadeloupe, le directeur de l’hôpital lui-même, le chef de service de réanimation et la directrice de la Commission médicale d’établissement ont été contrôlés positifs.

Le gouvernement avait choisi un directeur antillais pour mieux faire passer la pilule des mesures d’économie sur la santé. C’est lui qui pendant la longue grève des travailleurs de l’hôpital, il y a plus de six mois, a eu une attitude particulièrement répressive à l’égard des grévistes. Certains sont en attente de comparution, accusés d’avoir « menacé de mort » une directrice, rien que ça. D’autres sont accusés d’avoir empêché les agents de se rendre à leur travail alors qu’ils tenaient un piquet de grève devant l’hôpital.

Aux Antilles, comme dans tous les hôpitaux de France, les masques, les gants, les blouses, les respirateurs sont en nombre insuffisant.

Mais le plus scandaleux demeure le manque d’eau au robinet dans plusieurs communes et quartiers en Guadeloupe. Comment respecter le premier des gestes barrières qui est celui de se laver très souvent les mains, quand il n’y a pas d’eau ? Cette pénurie n’est pas nouvelle et date de plusieurs années. Mais malgré les promesses de l’État et des élus locaux, cette situation perdure. En réalité, seule une explosion de colère populaire contraindra les soi-disant autorités à régler enfin ce problème, dans une région de surcroit très fréquemment arrosée par des pluies.

Face à la contagion, des débrayages ou des réactions de colère de travailleurs ont été observés sur les plantations de banane et dans certaines entreprises. Les ouvriers reprochent aux patrons de la banane le manque de sécurité. Les mesures d’hygiène ne sont pas respectées. Sur la plantation Bois debout à Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe, une centaine d’ouvriers ont arrêté le travail du 16 au 18 mars pour protester. En Martinique, les représentants syndicaux de la CGTM des travailleurs agricoles ont publié un communiqué de protestation.

Aux Abymes, les employés du centre commercial Carrefour-Milenis ont arrêté momentanément le travail le 21 mars après avoir eu connaissance d’une contamination d’un des leurs. La direction la leur avait cachée pendant trois jours. Ils ont exigé que des mesures sanitaires plus strictes soient prises.

Les préfets et les patrons relaient les pressions faites dans l’Hexagone pour que les travailleurs se rendent à leur travail, y compris dans les secteurs non vitaux. La banane n’est pas un secteur vital, et dans les supermarchés, il doit être possible d’assurer la sécurité des travailleurs.

Aux Antilles comme partout, on ne peut accepter que les travailleurs tombent malades ou meurent, pour que les profits des capitalistes continuent de monter !

Pierre JEAN-CHRISTOPHE