Accord syndicats-patronat : contre l’union sacrée, appliquer les gestes barrières

25 Mars 2020

Le 19 mars, cinq directions de centrales syndicales, dont la CGT, FO et la CFDT, ont signé une déclaration commune à propos de la lutte contre le Covid-19 avec trois organisations patronales, dont le Medef.

Elles en appellent à l’union de tous alors que chaque jour apporte la preuve de l’irresponsabilité de l’ensemble des capitalistes du Cac40 et de la majorité des grandes entreprises qui font passer leurs profits avant la santé des travailleurs.

Dans cette déclaration, les signataires appellent « les pouvoirs publics et les entreprises à mettre en œuvre tous les moyens indispensables à la protection de la santé et de la sécurité des salariés devant travailler ». C’est passer sous silence le fait que dans de très nombreuses entreprises, les travailleurs ont dû se battre pour obtenir des moyens de se protéger, pour arrêter les travaux inutiles, pour ne pas rester coincés ensemble dans des locaux trop exigus. On a vu les ouvriers des chantiers de Saint-Nazaire débrayer pour arrêter de fabriquer des paquebots de luxe en pleine crise sanitaire, ou ceux d’Amazon faire grève contre les conditions de travail. Même dans les transports collectifs relevant des pouvoirs publics, il a fallu se battre pour obtenir quelques mesures de précaution.

Alors, venir maintenant parler de l’intérêt commun des capitalistes et des salariés, c’est mentir scandaleusement. C’est toujours pour faire avaler des sacrifices aux travailleurs qu’on met en avant l’union sacrée et l’intérêt général, pendant que, comme en temps de guerre en effet, les planqués de l’arrière continuent à se gaver à leurs dépens.

Dans le texte, les représentants du Medef saluent « l’engagement des agents des services publics et des salariés particulièrement indispensables, à commencer bien évidemment en matière de santé, mais également de continuité d’approvisionnement », alors qu’il y a quelques semaines, ces mêmes représentants se relayaient sur les chaînes de télévision pour insulter ces mêmes agents du service public en les traitant de privilégiés ou de fainéants. Signer ce texte comme l’ont fait les directions syndicales revient à passer l’éponge comme si cela n’avait pas existé.

Cette caution donnée à l’attitude patronale n’engage que ceux qui passent leur vie dans les salons de négociations. Pour l’ensemble des travailleurs, il faudra la conscience que l’avidité capitaliste mène à la catastrophe et que l’avenir appartient à un monde débarrassé des profiteurs et contrôlé par les producteurs.

Marion AJAR