Inde : tout pour la galerie, rien pour les habitants

26 Février 2020

Trump n’a fait qu’une visite éclair en Inde, puisqu’il ne lui a fallu que 36 heures pour inaugurer un stade de cricket et faire un saut jusqu’au Taj Mahal. Mais, pour bref qu’ait été le déplacement diplomatique de Trump, son hôte, le président indien Narendra Modi, avait quand même fait les choses en grand.

Pour la visite au Taj Mahal, 14 000 m³ d’eau ont été déversés dans la rivière longeant le bâtiment, dans le but d’empêcher les mauvaises odeurs d’atteindre les narines de Trump, et les singes ont été chassés du lieu, sans doute pour éviter qu’ils ne le décoiffent.

Pour se rendre au stade situé dans la ville d’Ahmedabad, la route longeait un bidonville dans lequel 2000 personnes vivent depuis des décennies dans une extrême pauvreté, sans que rien n’ait jamais été fait pour elles, ni apport d’eau courante ni électricité, sans parler de l’insalubrité qui domine. Pour ne pas donner une mauvaise image de l’Inde au président américain, un mur de 600 mètres de long et de 1,20 mètre de haut a été construit en toute hâte dix jours avant le passage de Trump, et des bambous ont été plantés pour masquer ce qui aurait pu être aperçu depuis la voiture présidentielle. Les chiens et les chats errants avaient été chassés, les bords des trottoirs peints, de gigantesques figures des deux présidents installées sur un rond-point, etc.

« La misère dans laquelle on vit, Trump de la verra pas, Modi nous cache derrière ça », constatait un habitant en colère, et deux fillettes n’avaient pas attendu d’être adultes pour comprendre la situation, disant : « Notre Premier ministre n’aime pas notre pauvreté. »

La construction de ce mur et le déplacement de ces pantins à Ahmedabad ont coûté 14,5 millions d’euros pour trois heures de présence, soit 80 000 euros par minute. Mais il n’y aura jamais une roupie dépensée pour que les habitants du bidonville puissent vivre dans des conditions dignes.

Marianne LAMIRAL