Fessenheim : une centrale fermée, mais rien de prévu

26 Février 2020

Bien qu’une partie du personnel refuse encore d’obtempérer, le premier des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim vient d’être mis à l’arrêt. L’autre le sera en juin, ce qui mettra fin au fonctionnement de la plus ancienne centrale nucléaire du pays.

Le nucléaire, on le sait, comporte de nombreux dangers. L’accident de Tchernobyl, puis le naufrage de la centrale de Fukushima sous les flots d’un tsunami, sont présents dans les mémoires. Sans compter les radiations que subissent ceux qui procèdent au déchargement-rechargement du combustible, les « nomades du nucléaire ». Enfin, demeure la question des déchets, dont les plus radioactifs le sont quelquefois pour des siècles ou des millénaires.

À la suite du désastre de Fukushima et des craintes légitimes qu’il a engendrées, Hollande, lors de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012, avait promis de ramener la part du nucléaire en France de 75 % de l’électricité produite à 50 %. Plus que d’assurer la sécurité du pays, il s’agissait alors d’élire Hollande. C’est dans le cadre de cette même recherche du soutien des écologistes qu’Hollande a promis de fermer Fessenheim.

Hollande a finalement laissé à Macron le soin d’accomplir sa promesse. Seulement, rien n’est vraiment prévu. Pour le moment, la France est exportatrice de courant électrique, et donc la fermeture de Fessenheim ne la pénalise pas trop : une grande partie du courant produit par la centrale allait vers l’Allemagne, située juste à côté.

Mais si on arrête, non seulement Fessenheim, mais un grand nombre de centrales, comment les remplacer ? Le gouvernement parle de développer les énergies renouvelables, mais l’Allemagne, de l’autre côté du Rhin, pourtant un pays leader en matière d’éoliennes et de panneaux solaires, n’a rien trouvé d’autre pour remplacer les centrales nucléaires qu’elle a fermées que de réactiver des centrales thermiques fonctionnant au charbon, et même au lignite. Une toute nouvelle et énorme centrale thermique au charbon vient juste de démarrer en Rhénanie, et les combustibles fossiles assurent 38 % de la production allemande d’électricité. Le danger représenté par le nucléaire est ainsi remplacé par un autre.

Les particules fines issues de la combustion du charbon et du lignite sont en effet responsables de 23 000 morts chaque année en Europe, sans compter des dizaines de milliers de maladies cardiaques, respiratoires et autres.

Assurer la production d’énergie d’une façon responsable qui ne mette en danger la vie ni aujourd’hui ni demain ne peut se faire à coups de décisions ponctuelles. Cela réclamerait une véritable planification des ressources, au moins à l’échelle de l’Europe, pour leur utilisation à long terme. Ainsi rien n’est vraiment prévu non plus pour compenser, dans la région de Fessenheim, la perte des 2 000 emplois directs et des milliers d’emplois de sous-traitants et d’intérimaires qui en découlera.

Il est vrai que, pour le moment, il ne s’agit que d’assurer la campagne des municipales, en espérant le soutien des écologistes grâce à la fermeture de Fessenheim. Plus tard il y aura la présidentielle. Et après il sera temps d’aviser…

André VICTOR