États-Unis : 42 ans d’emprisonnement !

26 Février 2020

Chuck Africa, un militant noir américain, membre du groupe Move, âgé de 59 ans, a été libéré en ce mois de février, au terme de 42 ans d’emprisonnement.

Le mois dernier, un autre membre de cette organisation familiale, Delbert Africa, 73 ans, avait été lui aussi libéré et avait déclaré : « Nous avons subi le pire que ce système puisse nous infliger, des décennies demprisonnement et la perte dêtres chers. Mais avec fierté nous sommes toujours là ».

Entre 2018 et 2019, cinq autres membres du groupe avaient été libérés : Debbie, Eddie, Janet, Janine et Mike. Mais deux de leurs camarades, Merle et Phil, sont morts en prison.

Move était un groupe politique né en 1972 à Philadelphie, en marge du mouvement noir des années 1960 et 1970. Ses membres vivaient en communauté et se disaient « non-violents, révolutionnaires, anticapitalistes et pour un retour à la nature ». Ils avaient adopté un nom de famille commun : Africa.

Dans les années 1970, l’État américain voulait éradiquer les mouvements noirs radicaux avec, en tête, les militants des Black Panthers, dont plusieurs membres ou dirigeants furent assassinés lors de raids policiers contre leurs locaux. En 1978, lors d’une perquisition de la maison de Move par la zélée police de Philadelphie, des affrontements entraînèrent la mort d’un policier et conduisirent en prison neuf membres du groupe, condamnés à des peines allant jusqu’à cent ans...

En 1985, au terme d’un important déploiement de forces, filmé par les télévisions, la police lâcha une bombe depuis un hélicoptère sur leur maison, tuant cinq enfants et six adultes, dont le dirigeant de Move, John Africa. Seuls deux des présents survécurent. La bombe ayant déclenché un incendie, 61 maisons du voisinage furent détruites et 250 personnes se retrouvèrent sans logis. Un tribunal jugea « inconsciente » l’action policière et la ville de Philadelphie fut condamnée à payer 1,5 million de dollars aux deux survivants et aux proches des morts, mais cela n’arrêta pas les poursuites contre les survivants qui croupirent sept ans en prison !

Avant d’être lui aussi incarcéré pour le crime d’un autre, le journaliste militant Mumia Abu-Jamal avait dénoncé la répression contre Move. Car, comme pour Mumia, rien n’a jamais prouvé que les membres de Move étaient responsables de la mort du policier en 1978. Mais pour les autorités de l’époque, retrouver l’auteur de ce meurtre était secondaire. Il s’agissait d’abord et surtout de faire taire une « une minorité noire qui pense », quitte à l’incarcérer pour plus de quarante ans

Jacques FONTENOY