Coronavirus : épidémie dans une société malade

26 Février 2020

Les déclarations rassurantes d’Agnès Buzyn, quand elle était encore ministre de la Santé, puis de son successeur Olivier Véran, ne sont désormais plus de mise. L’épidémie de coronavirus (Covid-19) se développe à l’échelle de la planète et, même si l’OMS (Organisation mondiale de la santé) n’a pas officiellement annoncé que c’était une pandémie, plus aucun pays ne peut se croire à l’abri.

Face à une telle situation, le ministre de la Santé déclare que la France se prépare à une épidémie et annonce une série de mesures pour y faire face. Fort heureusement, il ne reprend pas à son compte les inepties sur la possibilité de barrer la route au virus en fermant les frontières entre France et Italie, et il revendique la possibilité de prendre les mesures de confinement, comme celles prises en Chine dans la province de Wuhan et de manière plus limitée en Lombardie autour de la petite ville de Codogno. Mais l’essentiel des annonces concerne les hôpitaux qui devront accueillir les malades.

Aux 38 hôpitaux déjà choisis, s’ajouteront dès le 25 février 70 autres, sièges d’un SAMU, « afin que tous les départements de métropole disposent d’un centre hospitalier capable d’accueillir les malades et de les prendre en charge du début à la fin ». Les capacités de diagnostic du virus seront augmentées elles aussi « pour atteindre une capacité de plusieurs milliers d’analyses par jour et sur tout le territoire, contre 400 aujourd’hui ». Enfin, les commandes de masques de protection augmenteront et une réunion de coordination avec les autres ministres de la Santé européens est prévue début mars.

Ces mesures de bon sens sont censées démontrer la volonté du gouvernement et sa compétence face à l’épidémie. Mais la vraie question est que le système hospitalier français risque bien de ne pas être capable de faire face à un afflux de malades. C’est ce qu’a expliqué le docteur Prudhomme, de l’Association des médecins urgentistes de France : « La problématique du manque de moyens de l’hôpital public demeure. Dans un hôpital au bord de la rupture, toute surcharge d’activité a des conséquences. Les moyens dédiés aux services de maladies infectieuses se feront au détriment d’autres services. » Il en sera de même, selon ce médecin, pour les tests de dépistage, car tous les hôpitaux n’ont pas les laboratoires sur place et des délais seront nécessaires. Eh oui, la situation créée par l’épidémie risque bien de voir déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Alors, la question n’est pas seulement le virus et sa propagation à l’échelle de la planète, avec son lot de décès. La question est aussi celle des choix économiques faits par tous les gouvernements depuis bien longtemps, au détriment des hôpitaux et du système de santé, voué lui aussi à être géré sous le seul signe de la rentabilité. Et encore la France reste-t-elle un des pays les plus riches du monde, où l’on dispose encore de moyens, au contraire de bien des pays d’Afrique où on manque de tout. Dans ce dernier continent, comme l’a dénoncé le médecin urgentiste Pelloux, la seule mesure d’aide a été l’envoi de 60 000 tests de dépistage pour vingt pays… Tout un symbole !

Cédric DUVAL