Logements vacants : cadeaux pour les propriétaires

12 Février 2020

Julien Denormandie, le ministre de la Ville et du Logement, a consacré une interview à la question des logements vacants, qui sont au nombre de 3 millions selon l’Insee, soit 9,6 % du parc total des logements.

En réalité tous ne sont pas utilisables pour de multiples raisons, par exemple lorsqu’ils sont trop dégradés ou situés dans des zones où la demande est insuffisante. Le ministre vise notamment les 200 000 logements vacants depuis au moins deux ans. Si ceux-ci étaient occupés, cela améliorerait les choses, même si ce serait encore très insuffisant pour satisfaire les quatre millions de mal-logés dans le pays, d’après le chiffre que vient de publier la fondation Abbé-Pierre.

En fait de propositions, s’il s’agit de logements appartenant à des propriétaires privés, le ministre les invite à utiliser les aides financières existantes, sur le site Facil Habitat, qui propose aides, prêts et déductions fiscales, pour réhabiliter si nécessaire les appartements. Il s’agit donc de cadeaux. En plus, le ministre offre une garantie gratuite pour les impayés et les dégradations éventuels. Cerise sur le cadeau !

Envers les immeubles de bureaux ou de logements souvent détenus par des banques ou des assurances, Julien Denormandie annonce avoir modifié la loi « pour me permettre de réquisitionner ces grands espaces pour en faire de l’hébergement d’urgence » et ajoute : « S’ils ne jouent pas le jeu, nous lancerons la procédure de réquisition. »

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre brandit la menace de réquisition, mais elle n’a été qu’exceptionnellement suivie d’effet. Il faut d’ailleurs rappeler que dans ce cas elle n’est pas une spoliation : elle s’accompagne d’une indemnité qui tient lieu de loyer. Le propriétaire réquisitionné y gagne même par rapport à la situation antérieure, où son logement était inoccupé.

Alors, y aura-t-il réquisition ou pas ? On verra. Pour le moment le ministre cherche à convaincre, avec gentillesse, les propriétaires de ces 200 000 logements, afin de diminuer un tout petit peu la crise du logement. Quant au reste des quatre millions de mal-logés, rien n’est prévu pour eux.

André VICTOR