Meurtre de Villejuif : le terrorisme à tout propos

07 Janvier 2020

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que soit qualifié de crime terroriste le geste de l’individu qui a tué un homme et blessé deux femmes vendredi 3 janvier dans un parc de Villejuif. Les premiers renseignements montraient pourtant que cet homme, qui a été abattu par la police, était avant tout un déséquilibré.

Le meurtrier était sorti de l’hôpital psychiatrique en mai 2019 et avait interrompu son traitement un mois plus tard. Suivi pour des troubles depuis l’âge de 5 ans, il avait été hospitalisé à plusieurs reprises, notamment d’office à la demande de ses parents. Il ne peut donc y avoir de doute sur le fait que ce meurtrier traînait derrière lui un lourd passé de malade psychiatrique.

Pour parler de terrorisme islamiste, la police et la justice s’appuient maintenant sur le fait qu’au moment du meurtre l’individu aurait menacé plusieurs personnes au cri de « Allah Akbar » et qu’on aurait retrouvé chez lui « une lettre testamentaire avec des répétitions assez caractéristiques du musulman qui s’autoflagelle », selon la formule du directeur adjoint de la Police judiciaire de Paris. Comme si des déséquilibrés capables de crier n’importe quoi, en s’identifiant à un personnage ou à une religion, ne peuplaient pas les hôpitaux psychiatriques, voire parfois les quais du métro ! Aujourd’hui, dans leur délire, certains peuvent s’identifier aux djihadistes, simplement parce qu’ils en ont entendu parler.

Cette rapidité à qualifier le crime de terroriste est d’autant plus choquante qu’elle est à l’exact opposé de ce qui s’était passé lorsqu’un autre déséquilibré, ancien candidat du Front national, avait blessé des musulmans devant la mosquée de Bayonne, qu’il voulait incendier. Macron et le procureur de la République avaient alors simplement parlé d’attaque, et non d’attentat, et encore moins de terrorisme.

Confier l’affaire de Villejuif au Parquet antiterroriste, ouvrir une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle » n’est pas anodin. Il est pourtant évident que l’acte du tueur fou n’a rien à voir avec des attentats comme ceux de Charlie Hebdo ou du Bataclan, planifiés et organisés avec tout un réseau d’exécutants et de complices, y compris à l’étranger.

La qualification d’actes comme terroristes ne change rien aux faits eux-mêmes. Mais les attribuer à une mouvance islamiste organisée permet au pouvoir d’entretenir un climat de menace permanente, justifiant toutes les restrictions aux libertés, les pleins pouvoirs donnés à la police et même les interventions militaires à l’étranger. C’est bien pourquoi elle tend à être attribuée à la hâte, à tout propos et hors de propos.

Daniel MESCLA